L’Oeil de l’Animal se pose sur… le phénomène Braun Strowman

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Le Monstre vient de passer.

Cette nouvelle année va sans doute débuter sur un feu d’artifice pour la WWE. En effet, le Royal Rumble 2018 va rester dans l’histoire comme le premier à avoir présenté deux Royal Rumble matchs, dont le premier féminin. Même si cet événement accapare le feu des projecteurs, il était nécessaire de prendre son temps et ainsi s’attarder sur LE phénomène de cette dernière année 2017. Je suis “The Animal” et comme la dernière fois, je vous invite à partager un moment d’analyses, d’interprétations et de comparaisons où le but est de se pencher sur un sujet précis : c’est “l’Oeil de l’Animal se pose sur…”. Ainsi vous aurez compris que pour ce deuxième numéro, l’Animal va donner son analyse du parcours du “Monster Among Men” de 2016 à aujourd’hui. Alors pourquoi Braun Strowman est-il un phénomène et ce qui est arrivé de mieux en 2017 ? Posons l’oeil sur le sujet.

L’éclosion d’un “no-name”

S’il y a bien une chose qui peut surprendre dans le succès de Braun Strowman, c’est qu’il n’était personne dans le monde du catch. Il ne s’est fait un nom nulle part, n’a pas de liens familiaux avec qui que ce soit dans le business et n’a d’ailleurs jamais mis les pieds dans une fédération de catch avant la WWE. Cependant, le point initial de cette première partie sera de démontrer que Strowman était déjà programmé pour être la star qu’il est aujourd’hui et que sa place se trouve toujours dans le haut du panier. Adam Scherr (son petit nom) a 34 ans et en impose avec ses deux mètres. Ce bébé de 170 kilos participait aux compétitions de Strongman (haltérophilie) avant la WWE sous le nom de Big Country/Mansquatsch et il a terminé premier dans toutes les compétitions auxquelles il a participé. Signé par la WWE en 2013, Strowman a été envoyé à NXT pour s’entrainer au Performance Center. Cependant, il n’est quasiment jamais apparu sur les radars WWE ou sur les écrans de NXT. Ainsi le 24 août 2015, l’univers WWE aura l’énorme surprise de voir ce grand monsieur aux côtés de Bray Wyatt, cela sans savoir qui il est ni d’où il sort (même s’il est déjà apparu comme “rosebud” d’Adam Rose). Braun Strowman est ainsi lancé. Notons que “Strow” en anglais veut dire tracer : Strowman=l’homme qui trace ou plutôt l’homme qui laisse une trace. Parce que dès ses débuts, Strowman va neutraliser Dean Ambrose et Roman Reigns qui étaient vus à ce moment comme des cadres WWE en devenir. Sa prise de soumission “Lifted Arm-Triangle choke” va en endormir plus d’un et peut se targuer d’être impressionnante à voir car difficile à éxecuter selon le poids de la personne portée. Appelé pour remplacer Erick Rowan (blessé), Strowman va finalement se faire une place de choix dans la Wyatt family. Personne ne voyait venir l’éclosion du monstre et c’est d’ailleurs l’année suivante qu’il va prendre son envol.

Le “Monstre parmi les altérophiles”.

Une rivalité bénéfique

Braun Strowman est le seul de la Wyatt Family à avoir obtenu un push stable et conséquent.

Il est maintenant temps de se pencher sur le booking de Braun Strowman et d’analyser sa montée en puissance. Séparé de la Wyatt Family lors de la Brand extension 2016, Strowman est libre de prendre son envol. Très vite placé en rivalité face à Sami Zayn, classique “David contre Goliath”, le monstre ne peut espérer devenir une grande star. Il fallait donc du gros calibre pour ce dernier et son adversaire idéal est vite trouvé : Roman Reigns, “The Guy”. S’il y a bien quelque chose qui a propulsé Strowman au sommet et l’a fait devenir “le monstre parmi les hommes”, c’est cette rivalité avec Roman Reigns. Après le classique David contre Goliath, on aura le droit à l’épique “Doomsday contre Superman”. Le premier match en pay-per-view de cette rivalité aura lieu à Fastlane 2017. Selon le journaliste Dave Meltzer, ce match sera digne d’être vu car il en mettra la note de 4 étoiles (match de la soirée). Dans une époque où la qualité des matchs à la WWE est plus importante que jamais, cette notation montre le début d’un programme réussi. Certains fans ne jurant que par les notations superficielles de magazine, les officiels pouvaient se vanter d’avoir une “preuve” solide de la réussite de cette feud naissante. Il est important de relever que Roman Reigns était l’adversaire parfait pour Strowman, aucune autre Superstar n’aurait pu faire l’affaire. Je m’explique. Après avoir vaincu le légendaire Undertaker à WrestleMania 33 dans son potentiel dernier match, Reigns (mal-aimé à l’origine) devient la Superstar la plus huée de toute la compagnie. Le programme devient dès lors très passionnant dans la mesure où ce n’est pas “Superman” qui est soutenu, mais bien son némésis. Ce programme va donc rendre notre monstre populaire, mais ce n’est pas tout. Au-delà de cette configuration intéressante, Reigns et Strowman vont faire de Raw un champ de bataille. Les deux lutteurs vont prendre part à des angles réussis, très différent de ce que on a eu l’habitude de voir. “Ruthless Agression”, ça vous dit quelque chose ? Cette rivalité était différente de toutes les autres car très rétrograde. Les angles mis en place comme à Great Balls of Fire étaient authentiques et ressemblaient à ce qu’il se faisait une dizaine d’années. Le coup de l’ambulance et la “tentative de meurtre” de Reigns sur Strowman était irréel dans la mesure où la WWE ne nous avait plus habitué à cela. Au-delà de cette configuration positive, cette rivalité dispose de l’élément fondamental qu’ont eu The Rock et Steve Austin : l’alchimie. Les deux lutteurs étaient impliqués dans ce qu’ils faisaient, il était clair qu’ils voulaient se supprimer mutuellement. Roman Reigns n’a jamais montré une telle impuissance à neutraliser un ennemi et sa réelle envie de mettre en avant la force du monstre est tout à son honneur. Strowman a d’ailleurs toujours encensé le “Big Dog” et avait déclaré qu’ils se parlaient mutuellement, se disaient les choses qui n’allaient pas pour faire encore et toujours mieux. Plus qu’une alchimie naturelle sur le ring, les deux hommes ont su se comprendre en dehors pour notre plus grande joie.

Une image forte qui en dit long.

Cet enchainement de violence passionne si on prend donc en compte le contexte. Cela faisait des années qu’il était reproché à la fédération de Stamford de se reposer sur ses acquis, mais cette brutalité entre Reigns et Strowman a apporté un vent de fraicheur. Il est clair que pour des fans assidus cela parait banal, mais pas pour le public principal de Stamford. En se mettant à la place d’un enfant, on ressent une plus grande intensité quand Strowman détruit ses adversaires, surtout si Roman Reigns est le héros de l’enfant en question. La plupart des angles qu’aiment une majorité des fans WWE ont eu lieu dans un lointain passé, une dizaine ou une vingtaine d’années. L’innocence d’un enfant (ou d’un adolescent dans une moindre mesure) permet à son esprit de garder plus facilement en tête une information marquante, comme le “méchant monstre” massacrant le “gentil héros”. Cette rivalité “Braun VS Roman” va rester, tant par sa longueur que par son intensité. Les très jeunes d’aujourd’hui en reparleront peut-être demain quand ils seront plus âgés comme leur rivalité préférée. Celle-ci est d’ailleurs construite avec la même simplicité qu’un Austin/McMahon, c’est de la violence gratuite qui sert à divertir. L’unique point de cette rivalité est l’envie de Strowman d’écraser Reigns d’écraser la compétition. Et quand les fans pensaient que c’était fini, Braun se faisait un malin plaisir de dire le contraire avec une catch-phrase tonitruante : “I’m not finish with you Roman !”.

 La dernière réussite incontestable de WWE ?

La rivalité avec Roman Reigns n’avait que pour but de construire Strowman comme un monstre, à l’ancienne. Les exemples du monstre construit aux dépends du grand gentil sont nombreux: Hulk Hogan et André le Géant ou John Cena et le Big Show. Ce qui est intéressant avec Braun Strowman, c’est qu’au lieu d’être le monstre méchant et menaçant qui a violenté le héros, il se trouve être le monstre du peuple. Un géant doit cependant s’imposer chaque jour, quoi de mieux que de terrasser d’autres géants dans ce cas ? L’intensité et l’émotion qu’a pu susciter le fameux match en cage face au Big Show ne peut vouloir dire qu’une chose, Braun Strowman sait vendre une histoire. Le Big Show a d’ailleurs avancé qu’il avait passé le flambeau au monstre. Le “monstre parmi les hommes” n’est cependant pas parfait car le “in-ring” (capacité purement catchesque d’un lutteur) est très important aux yeux d’une minorité de fan qui ne cesse de croitre dans l’univers WWE. Braun Strowman n’a pas le “in-ring” d’AJ Styles (considéré comme le meilleur en Amérique), mais sa capacité à amener l’émotionnel et créer le spectacle est phénoménal. L’exemple parfait serait le match de championnat à Summerslam 2017. Il a démontré une imposante aura de destruction, on pouvait comprendre que c’était lui le favori du match. Brock Lesnar a souffert plus que dans n’importe quel match durant ces dernières années alors qu’il a été vendu jusque-là comme une “Bête” invincible. C’est bien simple, à chaque fois qu’il monte sur le ring, Braun Strowman détruit tout et tout le monde. La réussite de Strowman lui a cependant attiré les foudres de certains collègues, mais il a su les faire taire en démontrant tout son talent dans les programmes auxquels il a pris part. Encensé par des hommes tels que Kane, Mark Henry, ou encore le Big Show, le “Monster Among Men” est validé par de grosses pointures.

Le visage de Paul Heyman décrit la scène, Strowman a blessé la bête comme personne auparavant.

S’il fallait expliquer la réussite du “Monster among men” en tant que personnage, il suffirait de donner un seul mot : intensité. Chaque match, chaque angle auquel Strowman prend part est construit pour faire ressortir quelque chose de spécial. Il y a de la satisfaction à voir de la violence comme lors d’une scène importante d’un magnifique film d’action. Partout où il passe, Strowman en ressort grandi. Les fans ne se lassent pas de lui, car l’intensité construite autour du monstre empêche de s’ennuyer ou de se lasser. Ajoutons que Braun Strowman apparait comme le dernier vestige d’une époque quasi-révolue à la WWE : le big man qui dévaste tout sur son passage, non pas dans des matchs de catch technique, mais des bagarres virulentes. Le booking de Strowman était ce qui a fait de Batista (entre autres) une star : un physique imposant, une aura, un booking propre…il n’y a pas besoin de plus pour faire sauter la foule de son siège. Ce qui a de plus simple marche souvent le mieux. De plus, la WWE a su prendre  son temps avec le monstre, chose peu commune depuis des années. Je vous renvoie ici à ce qui a été dit sur la WWE dans le premier numéro de “l’Oeil”. Cependant, avec sa défaite face à Brock Lesnar à No Mercy 2017, on est en droit de douter de Strowman pour la suite. Devenu le chouchou des fans, Strowman sait le leur rendre. Il a déclaré récemment que ce qu’il aimait le plus dans son travail était l’interaction avec eux. À défaut d’être un monstre à Stamford, il demeure être un homme au bon coeur dans la vraie vie. Très populaire actuellement, il sera intéressant de voir quelle est la suite du programme pour le big man. En effet, on dit qu’il est toujours plus facile d’accéder au sommet que d’y rester.

En conclusion…

Braun Strowman est un phénomène de par sa capacité à rendre les choses qui se passe autour de lui spéciales. Son immense envergure le rend imposant d’origine, mais sa qualité de star fait de lui un lutteur populaire. Sa rivalité avec Roman Reigns lui a attiré la sympathie des fans et la popularité nécessaire pour se hisser dans le Main Event. La WWE a su prendre le temps de le construire de manière crédible et logique en une énorme star en devenir, lui qui était vraiment un parfait inconnu auparavant.  Ainsi, en revenant sur le rôle de Strowman dans la fédération je vous le demande : WWE doit-elle seulement faire de Braun Strowman le “monstre de foire” ou beaucoup plus que cela ? Une question ouverte pour plusieurs réponses possibles, c’est “l’Open Mind” de ce numéro. N’hésitez pas à y répondre. Pour le sujet évoqué, l’Oeil a été posé, le fond analysé, ainsi l’Animal en a terminé.

Merci d’avoir pris le temps de lire le deuxième numéro de cette chronique. Tout en vous rappelant que mon avis est personnel, vous êtes invité dans la joie, le respect et la bonne humeur à échanger vos avis et opinions en commentaires si vous n’êtes pas d’accord (ou si vous l’êtes aussi, je serais heureux de l’apprendre). De plus, je serai heureux de voir vos différentes réponses à l’Open Mind de ce numéro. Sayonara !