Rétro : Avec le Money In The Bank Ladder Match, ça passe ou ça casse

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I’ve got my money on my mind, and my mind on my money” disait Sean ‘X-Pac’ Waltman, lui qui n’a pourtant jamais eu l’occasion de remporter un peu de “money in the bank“. Néanmoins, ce dimanche lors du show éponyme, 6 catcheurs du main-roster de la WWE auront cette opportunité. Mais au lieu d’une liasse de billets verts, ils auront en tête une mallette dorée, portail vers une opportunité aussi bien fictive que réelle de passer au niveau supérieur, le dernier échelon de leur hiérarchie : une possibilité de devenir le champion du Monde poids-lourd. En effet, depuis 2005, c’est ainsi que la WWE réussit à maintenir une intrigue sous-jacente autour de son titre le plus prestigieux, et donc le plus important dans sa programmation, mais aussi à conclure un “push” d’un future Main-Eventer en beauté. Certaines années, les deux objectifs ont été parfaitement accomplis. D’autres, seulement un, voire aucune des deux. Retour sur un concept emblématique du produit moderne de la WWE.

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Ça passe : Edge, CM Punk et des premiers résultats satisfaisants

En amont de WrestleMania 21, le second à investir la Staples Center de Los Angeles et de sa proche banlieue d’Hollywood, l’équipe créative chargée des scénarios de Monday Night RAW en plein “Bran Split” – veut trouver un moyen de caser les stars montantes du roster et autres “upper mid-carders” sur la carte. Intrigué par l’idée, car toujours sans match prévu pour le Pay-Per-View, Chris Jericho émet l’idée d’un Ladder Match à 6 avec une opportunité d’importance à la clé : le “Hollywood Dream” Ladder Match. Le “head writer” de RAW, Brian Gerwitz (en position depuis quelques années déjà et encore pour longtemps – aujourd’hui il travaille pour Dwayne ‘The Rock’ Johnson), en parle de suite de Vince McMahon, mais celui-ci n’est pas emballé par le nom. Celui qui voulait initialement nommé ‘Mania, “The Collossal Tussle”, appelle ce match exceptionnel le “Money In The Bank Ladder Match”, en référence à la mallette en cuir à y décrocher. Si à l’écran, Jericho semble ainsi être le seul inventeur (présentant l’idée au General Manager, Eric Bischoff) d’un match “one shot” pour l’occasion, en réalité un concept annuel est né. Copié maintes fois (la TNA et son Feast or Fired Match, et la Lucha Underground et son Gift of the Gods Championship), mais jamais sans égal à la hauteur.

Edge MITB

A WrestleMania 21, dans un MITB Ladder Match uniquement réservé à RAW (Smackdown! avait Big Show vs. Akebono dans un Sumo Match en échange …), c’est Edge qui repart avec le prix. Lui qui stagnait en “heel” depuis des mois, après un séjour “face” réussi dans le “show bleu”, s’embarque alors sur la meilleur année de sa carrière. Porteur de la mallette, il devient aussi bien le chasseur que le chassé. En attendant de “cash-in” sur le champion de la WWE, il remet en jeu sa mallette face à son “arch némésis” d’alors Matt Hardy autour d’une rivalité scénarisée, mais bien réelle et très controversée. Puis, il amène ‘Nature Boy’ Ric Flair – sortant d’un règne surprenant de champion Inter-Continental et d’une violente rivalité face à Triple H – à ses limites, construisant alors une aura vicieuse et violente à celle du briseur de couples provoquant et détestable. Enfin, pour finir ce beau “push” en trombe, il s’arroge la réputation d’opportuniste suprême, profitant d’un John Cena sorti difficilement victorieux d’un Elimination Chamber Match. Après des années difficiles, ‘The Rated-R Superstar’ est enfin champion du Monde et surtout : une star, une vraie. Quoique moins concentré sur le titre jusqu’à cette conclusion, la montée en puissance de ce premier porteur aura eu le don de faire de ce concept du Money In The Bank un succès prometteur – même si peut-être dévaluant le titre intermédiaire, censé être l’objet de convoitise d’une telle star montante, en passant.

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Pour les cinq WrestleManias à venir, ce nouveau concept en deviendra la tradition annuelle. Telle une seconde chance pour ceux recalés au Royal Rumble Match quelques mois avant, le Money In The Bank Ladder Match leur permet de se faire un nom, d’offrir un spectacle d’envergure et de, pour certains, possiblement monter en grade. Mêlant dès lors catcheurs des deux “brands”, le match, de fait à l’intrigue amplifiée, n’a cependant pas toujours donné les meilleurs résultats possibles. Après un ‘Mr. Money In The Bank’, Rob Van Dam (en référence à ses précédents surnoms de ‘Mr. Monday Night’ ou ‘Mr. PPV’), à l’opposé du premier en terme de narration et de “booking” – puisqu’il sera amené à programmer son “cash-in” à l’avance, pour ECW One Night Stand 2006 – un autre “Mr.” remporte la mallette : l’inarrêtable jeune star charismatique Mr. Kennedy, dans le premier chapitre d’une longue “storyline” de grande ampleur. Malheureusement, alors qu’il est censé devenir le nouveau “top-heel” et fictif héritier de Mr. McMahon, il se blesse et la direction préfère tout annuler et refiler l’opportunité à Edge, pour mettre en déroute le règne de The Undertaker. Par la suite, c’est CM Punk qui est désigné pour prendre la relève de ‘The Ultimate Opportunist’, remportant deux fois d’affilée l’annuel MITB Match – le premier le conduisant à un “booking” maladroit et peu confiant et le second à un “heel-turn” nécessaire et suffisant. Un an plus tard, en 2010, voilà néanmoins que tout part à vau-l’eau …

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Ça casse : Quand la règle “less is more” est ignorée …

A WrestleMania XXVI, au terme d’un MITB Ladder Match sur-peuplé, le jeune ex-lutteur amateur Jack Swagger est sacré Mr. MITB, lui qui n’est qu’un rookie sans charisme dans sa première année dans le “main-roster”. Pour couronner le tout, il fait jouer sa chance à un titre mondial la semaine même de sa victoire, sans “build-up” ou tension. S’en suit un règne de champion du Monde poids-lourd aussi peu intéressant que celui de Rey Mysterio en 2006, qui a probablement grillé sa carrière encore dans l’œuf. Plusieurs mois plus tard s’installe sur le calendrier un nouveau PPV à thème (comme il y en a depuis mi-2009, dans cette “PG Era” qui commence), reprenant le concept annuel de ‘Mania, y proposant un match pour chaque “brand”. Souvent bien trop dense par rapport au taux de “star-power” fourni par les catcheurs y participants, les matches n’offrent qu’un “spot-fest” de plus avec un vainqueur pas toujours bien choisi ou bien traité par la suite. En dehors de The Miz et peut-être Dolph Ziggler (quoique aujourd’hui des “mid-carders” abonnés à la stagnation), aucun ne laisse de vraie marque dans l’esprit des fans, la hiérarchisation des fans ou leur propre carrière. Parfois, ils ne remportent même pas le titre presque promis selon les statistiques du prix. Avec la “Brand Extension” dans son ensemble, le concept s’affaiblit et avec lui, sa valeur narrative et créative.

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Pourtant, une fois la fin de cette dernière signée et l’unification des deux titres “majeurs” effectuée, le vent tourne. Plus qu’une attraction de plus sur le calendrier des PPVs, Money In The Bank et, désormais, son unique match éponyme deviennent les nouveaux King of The Ring et KOTR Tournament, de 1993 en 2002. Grâce à cela, l’ancienne tradition reprend des couleurs, ne voyant sortir vainqueur qu’un catcheur légitime, parmi une poignée réduite d’autres stars montantes du main-roster entier. De cette nouvelle ère du MITB encore en activité aujourd’hui, Seth Rollins en est le meilleur exemple. Remportant la mallette et le match en 2014, il a pu ainsi capitaliser sur un parcours très remarqué et apprécié au sein du Shield et d’un “heel-turn”, en conséquence, réussi. Tentant plusieurs fois sa chance et défendant son droit autant de fois, Rollins s’est ensuite accordé le plus grand “cash-in” de l’histoire de ce concept : en cours de Main-Event, à WrestleMania 31, il s’ajoute à la rencontre et profite de l’épuisement des deux premiers combattants pour conclure le PPV sur sa victoire finale. Un moment aussi surprenant que mémorable qui a réellement créer une star – tout ce que devait initialement accomplir le concept du Money In The Bank.

Il est donc aujourd’hui curieux de s’interroger sur la nature du prochain Mr. MITB et de son parcours à venir : sera-t-il le prochain Seth Rollins ou un futur Sheamus, bouche-trou éphémère cette année recalé au pré-show ? Réponse ce dimanche !