Rétro : Le destin pas si doré, d’un joyau nommé Goldberg

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Ce lundi, lors de WWE Monday Night RAW, le premier trailer pour le prochain jeu vidéo WWE 2K17 a été diffusé. Après une bonne semaine de spéculations et de teasers autour de “#Hatch” (éclore, en français), Bill Goldberg y était dévoilée comme la clé du mystère marketing – lui, la prochaine attraction du jeu à venir. En effet, comme pour WWE 2K14 avec le retour de l’Ultimate Warrior (retravaillant d’une certaine sorte avec la WWE, pour la première fois en près de 10 ans), le suivant avec les débuts de Sting et WWE 2K16 avec à l’affiche, ‘Stone Cold’ Steve Austin et The Terminator (ou encore, quoique plus discrètement, Brock Lesnar pour WWE ’12), ‘Da Man’ y incarnera la star optionnelle pour engranger le maximum de pré-commandes de la part des fans, joueurs et clients.

Dans cette optique, la WWE a sorti les gros moyens avec une réalisation et une production de très haut acabit. Un mini-blockbuster hollywoodien à gros budget en lui-même, “easter eggs” (les shériffs, marchant au même rythme que son vieux thème d’entrée) et autres teasers (en reflet des vitres de la voiture, on constate un panneau “Suplex City”) inclus, la vidéo met en lumière comme jamais l’ancienne star des Monday Night Wars. Désormais âgée de 49 ans, Bill voudrait sans doute par le biais de ce “deal” WWE & 2K pourquoi pas une place dans le Hall of Fame (à l’instar, donc, de Sting et Warrior avant lui) et quelques Main-Events (pourquoi pas face à Lesnar, ainsi), désireux de “montrer à son fils ce qu’il était sur le ring“, a-t-il déclaré. Mais 20 ans après les débuts de sa carrière de catcheur, qui connait vraiment le Roman Reigns de son temps ? L’intense et explosif ex-footballeur américain invaincu et inarrêtable “élu” de la WCW qui, contrairement, connaissait ses points forts comme ses points faibles. Un phénomène éphémère, néanmoins, qui n’a jamais atteint le maximum de son potentiel.

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Énergie : Un “powerhouse” issu du Power Plant, pour conquérir Nitro

En 1995, la carrière prometteuse de footballeur américain (d’où il tiendra son fameux Spear) arrive à un terme abrupte pour Bill Goldberg, alors blessé au bassin. Inspiré par le personnage de Bruce Willis dans Pulp Fiction (un peu comme un certain Steve Austin), il se rase la tête et commence à s’entraîner pour entre dans le jeune monde du MMA. A une renommée salle de musculation d’Atlanta, il rencontre Steve ‘Sting’ Borden et Lex Luger, deux top-“faces” de World Championship Wrestling, alors en compétition féroce face à la World Wrestling Federation à ce moment-là. Sachant leurs dirigeants à la recherche de nouveaux talents, ils incitent l’imposant Goldberg à s’orienter vers le catch. Pas fan pour un sou, le pragmatique athlète est alléché par les promesses financières faites par les deux stars. En 1996, il entre ainsi au jeune camp d’entraînement privé, pour catcheurs en développement de la WCW, le Power Plant – un ancêtre du Performance Center actuel de la WWE, qui s’en est grandement inspiré au départ.

Doté de solides bases athlétiques, d’un physique de buffle et de petits atouts en arts martiaux, Goldberg intègre avec brio l’apprentissage très militaire de “Sarge” (un catcheur vétéran, surnommé “Sergent” par ses collègues et élèves), loin de la technicité et de la pratique complexe du Donjon des Harts (distinction que Bret Hart apprendra à ses dépens lors de Starrcade ’99, blâmant le Power Plant pour la commotion cérébrale reçue des mains de Golberg, qui mit fin à sa carrière). Explosif, intense et endurant, celui qui veut se faire appeler ‘The Hybrid’ est un monstre de la nature : au look du futur Kratos de God of War, soufflant la fumée pyrotechnique de son entrée tel un dragon, il est en plus capable de tours de force surhumains – portant et exécutant son Jackhammer sur n’importe lequel de ses adversaires. Lors de son premier “squash match” face à Hugh Morrus (a.k.a. Bill DeMott, futur entraîneur principal controversé du Performance Center) à WCW Monday Nitro en 1997, Goldberg, sa force titanesque et son aura imposante fonctionnent à merveille. Si le début de la fin des “squash matches” est ainsi annoncée (lesquels, jadis, pouvaient créer une star en quelques minutes – tel Sid Vicious, vainqueur du plus connu du genre), une carrière très prometteuse est lancée !

Attraction : La météorite parmi les stars

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Minotaure silencieux, Goldberg par sa sobriété sort complètement du lot : au temps des vengeurs sombres, des gangs de vieilles stars et de géants, son apparence de simple combattant le crédibilise sans pareille. Parfois escorté des coulisses jusqu’au ring par une troupe de policiers, comme pour signaler implicitement sa dangerosité aux téléspectateurs (“Les gens se disaient : ‘Oh, si les flics l’accompagnent, c’est qu’il doit être un vrai danger public !’” évoquait Kevin Sullivan, le “lead booker” de l’époque), il incarne finalement ce qu’il est : un combattant professionnel, exempt de passion pour ce qu’il fait, payer pour affronter n’importe qui et gagner. Une arme de destruction massive sur le ring, telle une métaphore d’elle-même alors, petit à petit, ajout de poids dans l’avantage à Nitro et la WCW durant les Monday Night Wars. Invaincu pendant des mois, il remporte son premier titre de championnat, celui des États-Unis, des mains de Raven et de son clan, durant l’émission en avril 1998. La prochaine étape naturelle, étant celle d’atteindre le titre suprême. Néanmoins, aussi évidente soit-elle, sa précocité et son organisation en sont extrêmement dommageables.

A 3 mois seulement du début de son premier règne, l’homme vociférant “Who’s Next ??” en référence à sa série d’invincibilité gargantuesque (bien que catchphrase inspirée d’une formulation d’une serveuse d’un restaurant lors d’un dîner …) exécute le tyrannique Hollywood Hulk Hogan, s’octroyant son premier championnat du Monde poids-lourd face à ses fans locaux d’Atlanta – plus précisément, plus de 40.000 d’entre eux amassés au Georgia Dome en moins d’une semaine. Malheureusement pour la WCW, le match ne passe pas pour la consécration méritée pour la star montante : avec seulement 2-3 semaines de “build up”, le Main-Event passe qui plus est en direct sur Nitro, plutôt qu’en Pay-Per-View. A trop vouloir reprendre le dessus sur les audiences (environ 6 millions avaient assistés au couronnement de Golberg), Eric Bischoff et Cie commencent la dévalorisation de leur top-star en construction, celle qui sur le moyen-terme aurait pu les garder dans la course encore quelques temps. A mauvais “booking” se joint ensuite la malchance. Lors d’Halloween Havoc ’98, le dernier match opposant le champion Goldberg à Diamond Dallas Page est rapidement coupé, les trois heures de temps limite pour le PPV ayant été écoulé, non sans l’aide d’un long et désastreux Hogan vs. Warrior. Des centaines de milliers de remboursements en conséquence poignardent les finances de la compagnie. Puis, arrive Starrcade ’98, la cerise sur le gâteau du destin gâché de Goldberg. A son terme, Kevin Nash (alors nouveau “booker”, position accordée par Bischoff) s’octroie la première défaite significative du champion (propriétaire d’un score affirmé de 173-0, contre en réalité proche de 140-0) et le détrône d’un coup de taser de Scott Hall, suivi d’une Jackknife Powerbomb. Le phénomène s’essouffle …

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Reprise : Le chef-d’œuvre d’antan, au potentiel noyé une nouvelle fois

Suivant le désastre de décembre 1998 (puis du premier Nitro de 1999, où il est victime du pathétique “Finger of Doom” et de la réunion inutile de la nWo), la WCW et Goldberg sombrent chacun dans les méandres d’une guerre de moins en moins rattrapables, face à l’offensive réussie de la WWF/E, de son Attitude Era et son leader Steve Austin. Toujours dans les Main-Events et signataires de contrats appétissants (3,5 millions de dollars par an en 1999-2001), Goldberg n’est à l’écran que l’ombre de lui-même : “heel-turn” sans prévenir, désigné comme le lutteur allant par-dessus le script de Vince Russo (nouveau “lead booker” en 1999 et 2000), victime collatérale de l’auto-satisfaction de ce dernier sur le ring, etc … Toujours sous contrat avec AOL/Time Warner, associé de Ted Turner et nouveau propriétaire de la WCW en 2001 avant son rachat provoqué, Goldberg, alors blessé, n’apparaît même pas lors du dernier Monday Nitro. Après coup, il reste contractuellement sous la tutelle d’AOL/Time Warner (obligé de continuer à payer les contrats des grosses stars, co-signées par la WCW et Ted Turner, comme Hogan ou Sting, non rachetés par la WWF/E en 2001 pour éviter des dépenses astronomiques inutiles) quelques années avant de remonter sur le ring. Tels Hogan, Hall, Nash, ou encore Scott Steiner, l’appel de la WWE n’est plus très loin.

goldberg vs rock

Après quelques brefs matches face à des stars japonaises à l’All-Japan Pro-Wrestling, Bill Goldberg rejoint l’ancien camp ennemi en avril 2003, le lendemain de WrestleMania XIX, s’attaquant à The Rock alors sur le départ. L’impact est immédiat, mais l’environnement ne s’en ressent pas. Entre deux ans d’absence, dont un “au revoir” trop discret, et un Monday Night RAW mené et presque dirigé par un méga-égocentrique Triple H à l’époque, l’avenir n’augure rien de bon pour Goldberg. Plusieurs mois passent, Goldberg subissant les ravages d’Evolution jusqu’à une victoire un peu trop tardive à Unforgiven 2003. Nouvelle fois champion du Monde poids-lourd, cette fois à Stamford, ‘Da Man’ le rend à son possesseur hégémonique 3 mois plus tard seulement. Et, pour couronner le tout, il finit sa première et dernière année à la WWE avec un match instantanément détesté et rejeté face à un désabusé Brock Lesnar, déjà les valises prêtes pour la quitter, lors de WrestleMania XX. Depuis, comme les rumeurs d’un Sting vs. Undertaker ou d’un “heel-turn” de John Cena, chaque année possède son lot de “pressentiments” d’un retour d’un Goldberg, ce catcheur sans passion mais non moins fascinant pour autant. Un joyau d’une époque révolue, qui n’aura jamais eu l’occasion de briller comme il aurait dû. Détenteur d’un destin doré qui pourrait ne pas être si gâché à son terme définitif, après un match à la hauteur pourquoi pas à WrestleMania 33 ? Who’s next ? Just wait & see …