Focus : La naissance d’un public silencieux

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“The WWE Universe !”

Michael Cole possède dans son répertoire quelques mots qu’il privilégie et il est incontestable que le terme « WWE Universe » en fait partie. Répété, rabâché et martelé, la compagnie de Stamford veut donner l’impression au public, qui représente sa source de revenu et son audimat, qu’il fait partie prenante des décisions prises au sein de la WWE.

Nous sommes revenus à plusieurs reprises lors des précédents Focus sur les phénomènes à double tranchant qui résultent de cette mise en avant. Nous pouvons citer pêle-mêle les fiascos des Royal Rumble 2014 et 2015 ou les pushs de Daniel Bryan ou de Dean Ambrose (bien que plus discrète). Cependant il est à noter que ce combat psychologique permanent entre les fans et Vince McMahon ne permet pas à la compagnie de faire fructifier son business.

Un bras de fer permanent

En effet, bien que de nombreux fans, dont nous faisons partie, se battent, et voir même se délectent de cette confrontation entre les attentes personnelles et les résultats, bon nombre de personnes moins tenaces ont abandonné leur poste de télévision ou leur place devant leur canapé.

Contrairement à ce qu’on peut lire à divers endroits, il n’est pas bien compliqué d’expliquer les baisses d’audiences ou d’affluence du public lors de Monday Night Raw, de live event ou de Smackdown.

Voir : Les audiences de Raw en baisse

Vince McMahon nous l’a bien appris et nous l’avons bien intégré également, la WWE s’est ouvert à un public plus jeune, il y a plusieurs années de cela. Cependant, il semble que le chairman de la WWE ait fait une erreur primordiale dans la gestion de son produit ces dernières années. En effet, vouloir ouvrir son produit à un public jeune est une chose (aussi louable et lucrative soit-elle) mais oublier son public originel en est une autre.

Orphelins de CM Punk

Afin de satisfaire bon nombre de ses fans, Vince avait misé sur une ou deux figures majeures. Lors des années 2010-2013, elle pouvait compter sur Cena pour les jeunes et CM Punk pour les plus aguerris. Ce dernier ayant quitté la compagnie à la suite de blessures et de malentendus avec ses patrons sur la place donnée à son personnage et ipso facto à ses fans, la WWE a perdu une partie de son public. Minimisant le problème, la WWE a finalement trouvé la solution qui fut fortement soufflée par ce public orphelin d’un certain talent et d’une défiance, héritages éphémères de l’attitude era.

Malheureusement, nous connaissons les terribles mésaventures du talentueux Bryan Danielson qui devra quitter les rings à moyen terme avant de tirer sa révérence. Mais finalement, que reste-t-il donc de nos amours ? Pas grand chose, vous me répondriez.

L’échec Roman Reigns

Et vous auriez raison. Le hic avec la défiance et la rébellion c’est que ça ne s’apprend pas; ça se vit. C’est donc pour cela que la trajectoire tragi-comique que traverse le malheureux Roman Reigns, est un fiasco douloureux à voir et à regarder pour tout être humain. N’en déplaise à Vince McMahon, les fans majeurs et vaccinés de la WWE choisissent leurs champions. Ils ne sont pas imposés, ou du moins pas aussi facilement et directement. Roman Reigns ne sera jamais un visage « badass » et respecté des « puristes » à cause des frasques du booking imposé par Vince McMahon.

John Cena est déjà là et j’ai personnellement beaucoup de respect pour l’homme et aussi pour le personnage mais nous n’avons pas besoin d’un second Cena. Il est là pour encore pas mal de temps. Si le but est d’imposer une icône plus robuste pour un public plus mature, il faut laisser le public faire son travail. Ce détail n’est pas entièrement une conséquence de l’ultra médiatisation du catch et de ses secrets mais simplement une des bases de notre passion.

Après tout, The Rock était raillé et hué au début de sa carrière à cause de son personnage plat et inintéressant. Son « heel-turn » avait alors révélé son incroyable potentiel.

Triple H a compris

Dans tous les cas, il semble qu’une personne se soit rendu compte du vide laissé par ce manque de star-power pour les plus matures dans l’actuel produit de la WWE, il s’agit de Triple H. Le succès de NXT, son « bébé », n’est donc pas surprenant quand on sait que ses valeurs sont moins enfantines et davantage sportives. À mon sens, un segment récent du produit s’avère révélateur sur l’ambiguïté surprenante entre public mineur et mature.

En effet, lorsque Triple H passe à tabac Reigns ou l’élimine du Royal Rumble, il conclue ses actes par un « Suck it » qui ne peut que retentir dans le cœur des fans plus âgés. En plus d’être reconnaissable et populaire, ce geste est un symbole de l’ère précédente. Triple H représente par son personnage et par NXT la défiance, l’anti-conformisme et le côté « badass » dont une partie du public est orphelin.

Un public aux abonnés absents

Ce manque d’attention et de substance accordé à ce public plus mature entraîne finalement une certaine fadeur dans les récents événements proposés par la WWE. En effet, bon nombre de fans s’étaient à nouveau intéressés au produit grâce à l’apparition d’un CM Punk voir même d’un Bryan. Orphelins de ces figures emblématiques, ils ont déserté nos enceintes et leurs postes de télévision. Certes, la majorité du public est maintenant jeune et peu versatile mais délaisser une autre partie du public est une erreur.

Les conséquences s’en font déjà ressentir. En effet, le public présent à Raw est maintenant bien silencieux, à l’image de la PG Era. Même Chicago a perdu de sa superbe et de son attitude à la suite de la perte de Punk puis Bryan. Le public se contente de trois ou quatre « Ah ! » ou « Booh ! » sans plus de conviction. Pendant ce temps, les fans absents sont venus fleurir les bancs du public de NXT.

Vince remarque enfin le problème

Il semble cependant que Vince McMahon ait remarqué le problème. J’ai trouvé ces dernières semaines extrêmement intéressantes d’un point de vue booking et script. En effet, les références plus matures et osés sont de sortie. Entre trois semaines, nous avons eu droit au mot « fuck » prononcé par Vince McMahon, lui-même, à une capsule de sang, volontairement donnée à Roman Reigns ou aussi au retour de la batte de Baseball accompagnée de barbelés offerte à Dean Ambrose.

ambrose

Au cours de son segment avec ce dernier, Mick Foley a d’ailleurs rappelé à Dean « son passé ». Les plus connaisseurs d’entre vous se rappellent des combats sanglants et ultra-risqués de Dean Ambrose « Moxley » à la CZW. La WWE semble vouloir faire d’Ambrose le CM Punk d’aujourd’hui. Cela pourrait réussir. À condition, de donner à son personnage une direction claire, précise et planifiée.

C’est la fin de ce nouveau Focus. Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour une nouvelle chronique. D’ici là, prenez soin de vous et portez-vous bien.