Rollins critique Roman Reigns et la WWE sur les promos

· · 5 min
Rollins critique Roman Reigns et la WWE sur les promos

Seth Rollins ne mâche pas ses mots. Dans une interview accordée à Jackie Redmond pour le compte à rebours de SummerSlam, alors qu'il s'apprête à affronter Roman Reigns pour le titre mondial des poids lourds le 2 août, le Visionary a lâché une déclaration qui fait trembler les coulisses de la WWE. Pas de diplomatie, pas de langue de bois : il ressent de la rancœur, envers le système, envers la fédération, et parfois même envers les fans.

La frustration de Rollins face au traitement de faveur accordé à Reigns

Pour comprendre la colère de Seth, il faut saisir ce qu'il décrit comme une inégalité fondamentale de traitement. Selon lui, Roman Reigns a toujours évolué sur un filet de sécurité tendu sous ses pieds. Rollins utilise une métaphore baseball parlante : partir du troisième but plutôt que du marbre. Traduction : Reigns n'a jamais eu à construire sa légitimité depuis zéro.

L'exemple qu'il cite est criant. Le fameux "Sufferin' Succotash", ce promo catastrophique de Roman qui a fait ricaner l'internet entier en 2015, n'a eu strictement aucune conséquence sur sa carrière. La WWE l'a absorbé, ignoré, effacé. Seth pose la question qui dérange : si lui avait sorti une telle phrase, aurait-il eu une deuxième chance ? Sa réponse est sans appel.

"Si je me plante, que ce soit un promo ou un match, je redescends tout en bas et je dois me reconstruire." Cette phrase résume l'essentiel de son ressentiment. Il ne bénéficiait pas du même droit à l'erreur. Et cette asymétrie, vécue au quotidien pendant des années, a laissé des traces profondes.

Rollins évoque aussi deux moments spécialement douloureux de sa trajectoire :

  • À NXT, Triple H lui annonce directement qu'il est sur la liste des coupures, une réalité que Reigns n'a jamais connue.
  • Au milieu des années 2010, une figure qu'il respecte lui dit en face qu'il n'est pas la star qu'il devrait être, un coup dur qui l'a poussé à se remettre en question.

Ces épisodes, Roman Reigns ne les a tout simplement jamais vécus. La WWE l'a protégé dès le départ, et Seth le sait mieux que quiconque.

Les fans aussi dans le viseur : une accusation qui ne passe pas inaperçue

Le plus surprenant dans les déclarations de Rollins, c'est qu'il ne s'arrête pas au système. Il va plus loin, beaucoup plus loin. "Parfois, je ressens de la rancœur envers le public pour avoir accepté ça." Il l'admet lui-même : ce n'est pas une opinion populaire. Mais c'est sa vérité, dit-il.

Ce point mérite d'être nuancé sérieusement. Parce que les fans ont précisément refusé d'accepter Roman Reigns pendant des années. Entre 2014 et 2020 environ, le public huait systématiquement celui que la WWE voulait imposer comme grand babyface. La scène du Royal Rumble 2015 reste gravée dans les mémoires : The Rock lui-même a été conspué pour avoir soutenu Reigns devant 76 976 spectateurs au Wells Fargo Center de Philadelphie. Ce n'est pas rien.

Alors, accuser les fans d'avoir laissé passer les mauvaises performances de Roman, c'est ignorer six ans de résistance collective dans les gradins. L'argument de Seth flanche ici clairement.

Période Roman Reigns Seth Rollins
2014-2015 Push imposé, réactions négatives massives Heel Authority, bien accueilli
2016-2019 Babyface contesté, mal perçu Champion IC, Universal, statut établi
2020-2026 Tribal Chief, unanimement salué Concurrent direct pour le titre principal

Ce tableau dit beaucoup. Seth a bénéficié d'une fenêtre favorable très tôt, notamment grâce au Shield, qui lui a offert une crédibilité immédiate devant des millions de fans. Personne ne se souvient de Seth Rollins galérant en bas de carte. Son récit d'une ascension difficile contre le système ne colle pas tout à fait à la réalité observable.

Ce que la trajectoire de Reigns révèle vraiment sur la WWE

Il faut distinguer deux choses dans ce débat. En premier lieu, la critique du traitement préférentiel accordé à Reigns avant 2020 est légitime. La WWE l'a effectivement blindé contre ses propres erreurs, et c'est indéfendable. Deuxièmement, utiliser cette période pour minimiser ce que Roman Reigns est devenu depuis lors, c'est malhonnête.

Depuis sa transformation en Tribal Chief à l'été 2020, Reigns a été l'un des performers les plus constants et les plus impressionnants du secteur. Son règne de 1 316 jours comme Champion Universel Incontesté reste un record moderne dans la WWE. Ce n'est pas le produit d'un coup de chance ou d'une protection arbitraire : c'est du travail, de la maîtrise, et une évolution artistique réelle.

Seth Rollins, lui, compare sa trajectoire à celles de CM Punk ou Daniel Bryan, deux lutteurs qui ont dû batailler frontalement contre la direction de la WWE pour obtenir leur place. Mais Rollins n'a pas vécu ce rapport de force. Il était bien positionné avec le Shield dès le départ, puis propulsé comme grande menace heel immédiatement après la dissolution du groupe. Le chemin n'était pas facile, mais il était tracé.

Ce qui rend cette interview captivante, c'est que Rollins brise le kayfabe pour dénoncer un système dont il a lui-même largement profité. Sa sincérité est palpable, sa frustration aussi. Mais l'honnêteté complète exigerait d'admettre qu'il n'a pas vraiment connu les affres que CM Punk décrivait dans son fameux "pipe bomb" de juin 2011, ni les humiliations subies par Daniel Bryan avant WrestleMania XXX. Reconnaître ses propres privilèges serait peut-être le promo le plus difficile à sortir pour Seth Rollins.

Partager

Romain
L'auteur

Romain

Romain est un auteur spécialisé dans le sport et le mode de vie healthy. Il propose des conseils pratiques d'entraînement, de récupération et de nutrition pour aider ses lecteurs à atteindre leurs objectifs. Son approche pragmatique et motivante s'adresse aussi bien aux débutants qu'aux sportifs confirmés. Retrouvez des programmes simples, des recettes saines et des astuces pour rester actif au quotidien.

À lire ensuite

Articles similaires