Masters of the Universe : masculinité toxique bannie
141 minutes sur Eternia — et pourtant, on ressort de Masters of the Universe avec la sensation d'avoir vécu quelque chose de bien plus court. Le reboot signé Travis Knight, sorti en salles le 5 juin 2026, s'attaque frontalement à un héritage encombrant : celui d'une franchise née d'une ligne de jouets Mattel au début des années 1980, devenue série animée culte, puis film live en 1987 avec Dolph Lundgren dans le rôle de He-Man.
Ce que Knight réussit, c'est de propulser ce matériau vintage dans le présent sans trahir son esprit de bac à sable. Lui-même a décrit son intention ainsi : faire que le film ressemble à un enfant qui fracasse ses figurines dans une salle de jeux. Franchement, c'est exactement ce que ça donne — et c'est à la fois sa plus grande qualité et sa limite principale.
Un casting entre hommage et subversion
Nicholas Galitzine incarne He-Man dans un double rôle savamment construit : Adam Glenn, employé des ressources humaines aussi terne qu'une réunion de service, et le musculeux prince d'Eternia en exil. Ce contraste est la vraie mécanique comique du film. Camila Mendes en Teela assume sans trembler le rôle de la guerrière déterminée, love interest qui ne se laisse pas réduire à sa fonction romantique.
Idris Elba campe Man-At-Arms, père de Teela et guerrier aux failles assumées — loin du héros monolithique des années 1980. Sa moustache, note le critique Brad Wheeler du Globe and Mail, mériterait presque une nomination aux Oscars dans la catégorie "meilleur second rôle facial". Kristen Wiig prête sa voix à un robot sarcastique qui évoque visuellement la bonne de The Jetsons.
Mais c'est Jared Leto qui vole la vedette. Méconnaissable sous le crâne de Skeletor, il délivre des répliques comme "L'univers tremblera dans mon ombre" ou "Je suis le diable, mais j'entends devenir un dieu" — le genre de grandiloquence que, comme le souligne Wheeler avec malice, Leto réserve peut-être aussi à ses rencontres du quotidien.
Masculinité toxique : Skeletor comme miroir déformant
Le vrai pari du film, c'est là. Travis Knight positionne explicitement Skeletor comme l'incarnation de la masculinité toxique — un antagoniste dont la soif de domination absolue contraste avec l'évolution intérieure d'Adam/He-Man.
Ce héros-là choisit la compréhension et l'empathie plutôt que la brutalité. Ce n'est pas anodin. Là où le He-Man de 1987 brandissait son épée comme symbole de puissance brute, celui de 2026 traverse un arc narratif qui déconstruit ce modèle. Les pronoms He/Him deviennent une blague meta, le discours d'avant-bataille se transforme en exercice de team building, et les doubles entendres à base d'épée s'accumulent avec une générosité presque généreuse.
Voici les principaux marqueurs narratifs qui signalent cette rupture avec l'original :
- Le héros est un guerrier réticent, pas un conquérant triomphant
- Les discours guerriers sont remplacés par du vocabulaire managérial récent
- Le villain incarne une vision du pouvoir masculin rejetée par l'intrigue
- La love interest dispose d'une agentivité propre
| Élément | Version 1987 | Version 2026 |
|---|---|---|
| He-Man | Héros musculeux sans faille | Humain ordinaire en quête d'identité |
| Skeletor | Villain cartoonesque | Symbole de domination masculine |
| Teela | Rôle secondaire | Guerrière autonome |
La bande originale de Daniel Pemberton, épique et bouffonne à la fois, intègre des guitares de Brian May — et même un caméo vocal de Freddie Mercury. Ce choix résume bien l'ambition du film : célébrer l'excès vintage tout en le regardant avec distance critique. À 2h21, le rythme s'essouffle. Mais pour quiconque assume ses 14 ans intérieurs, le spectacle tient largement ses promesses.
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