Manhunt : plongée viscérale dans la masculinité adolescente

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Manhunt : plongée viscérale dans la masculinité adolescente

Manhunt, présenté en avant-première au Festival de Locarno 2026, marque le retour tant attendu de Wayne Wapeemukwa, neuf ans après Luk'Luk'i, couronné meilleur premier film canadien au TIFF en 2017. Entre-temps, ce cinéaste d'origine autochtone michif a décroché un doctorat en philosophie à Penn State avant d'intégrer l'Université de Colombie-Britannique comme chercheur postdoctoral. Peu de réalisateurs cumulent un tel bagage académique, et encore moins arrivent à transformer cette érudition en quelque chose d'aussi viscéralement cinématographique.

Un road movie criminel ancré dans une réalité troublante

Le film s'inspire librement d'une tuerie survenue en Colombie-Britannique vers 2019, quand deux jeunes hommes, Kam McLeod et Bryer Schmegelsky, ont assassiné trois inconnus lors d'un voyage en voiture. Wapeemukwa ne cherche pas à reconstituer les faits, ni à moraliser. Il modifie les victimes, efface les repères documentaires, et creuse plutôt une question autrement plus inconfortable : qu'est-ce qui, dans la vie ordinaire de ces garçons, a rendu possible l'irréparable ?

Joey et Kit, incarnés avec une énergie brute par Harris Lowe et Landon Tunold, introduits dès l'ouverture dans un échange de dialogue cru via casques de jeu, représentent deux profils distincts mais complémentaires. Joey, plus introverti, vit avec sa grand-mère et un père alcoolique mais attachant. Kit, lui, reçoit un au revoir affectueux de son propre père avant le départ. Wapeemukwa refuse les raccourcis : aucun foyer brisé ne suffit à expliquer la violence, et c'est précisément là que le film devient intelligent.

La masculinité adolescente qu'analyse Manhunt n'est pas celle des clichés. Voici les axes thématiques que le film décortique avec une précision clinique :

  • La désensibilisation progressive via les jeux de tir en ligne
  • La perception des autres comme des PNJ, simples obstacles ou figurants
  • La pression sociale et hormonale qui amplifie chaque mauvais choix
  • L'absence de filet institutionnel ou familial réellement protecteur

Une imprimante 3D fabrique discrètement un fusil rose vif. Ce détail, franchement glaçant, résume tout : la violence n'est pas spectaculaire, elle est faite maison, banale, presque ludique.

Réalisation et performances : quand l'esthétique raconte la chute

Le film bascule réellement quand le duo rencontre deux touristes allemandes qui leur offrent le déjeuner et demandent à être véhiculées. Le groupe de quatre ouvre soudainement un éventail de possibles : amitié, désir, fuite, violence. Wapeemukwa laisse ces futurs coexister, et cette ambiguïté maintenue rend le dénouement d'autant plus brutal.

Aspect Appréciation
Interprétation (Lowe / Tunold) Remarquable, naturelle, jamais surjouée
Esthétique visuelle Bleus et oranges hyperréels, psychédélisme de fin de partie
Écriture du scénario Refus du didactisme, ouverture des interprétations
Référence stylistique Proche de la mouvance EDGLRD d'Harmony Korine

La photographie plonge progressivement dans une psychédélie désaturée aux bleus et oranges agressifs, traduisant visuellement l'effondrement cognitif des protagonistes. Pour moi, c'est la décision formelle la plus réussie du film : elle ne commente pas la violence, elle l'incarne. On pense inévitablement aux projets récents d'Harmony Korine, dont l'influence plane sans jamais écraser.

Ce qui distingue Manhunt d'un simple film de genre, c'est sa capacité à poser des questions que le cinéma grand public esquive. Si vous vous intéressez à la façon dont les médias populaires, qu'il s'agisse de jeux vidéo ou même de la culture des combattants et des personnages de la WWE 2K14, construisent des imaginaires masculins saturés de puissance et de domination, ce film prolonge naturellement cette réflexion vers ses conséquences les plus sombres. Wapeemukwa ne juge pas. Il observe, et cette retenue est, franchement, plus terrifiante que n'importe quelle condamnation explicite.

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Harry
L'auteur

Harry

Harry est un adepte de la mode et de la tech qui explore l'intersection entre style et innovation. Il publie des articles clairs sur les tendances, les gadgets connectés et les wearables, offrant des conseils pratiques pour intégrer la technologie au quotidien. Son approche allie sens esthétique et rigueur technique pour aider les lecteurs à rester à la pointe sans sacrifier leur personnalité.

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