Je n'installe plus de jeux sur mon téléphone. J'ai fait une exception pour Apotheoze
Depuis quatre ans, ma règle était simple : aucun jeu sur le téléphone. Pas par vertu — par lassitude. Puis j'ai passé trois semaines sur celui-ci, et j'ai dû reconnaître que ma règle visait un problème qui n'était pas le jeu.
La dernière fois que j'avais installé un jeu, c'était un truc de cartes. Correct, plutôt malin. J'ai tenu huit jours. Ce qui m'a fait craquer, ce n'est pas la difficulté : c'est la vidéo de trente secondes pour une voiture que je ne voulais pas, plantée entre deux parties, au moment précis où je commençais à m'amuser. Le bouton pour la passer apparaissait à la vingt-cinquième seconde. Ce détail-là, ce n'est pas de la maladresse. C'est du travail.
J'ai désinstallé, et j'ai arrêté d'en installer. Pendant quatre ans, ça ne m'a pas manqué une seule fois.
Comment j'en suis arrivé là quand même
Salle d'attente d'un garage, un mardi matin, quarante minutes annoncées qui allaient en durer soixante-dix. J'avais fini mes mails. Un type à côté de moi, la cinquantaine, jouait à quelque chose sur son téléphone — et ce qui m'a fait lever les yeux, c'est qu'il ne regardait pas son écran comme on regarde une série. Il le regardait comme on regarde un échiquier.
Je lui ai demandé. Il m'a montré le nom, m'a dit que ça se jouait dans le navigateur, que c'était gratuit, et il a ajouté une phrase que j'ai prise pour un argument de vendeur : « il ne te demandera jamais rien ». J'ai tapé l'adresse par politesse, en me disant que je fermerais l'onglet dans deux minutes.
Il s'est chargé instantanément. Ça, c'était la première surprise — j'ai vérifié plus tard, et le jeu entier pèse environ 1,3 mégaoctet, soit moins qu'une seule photo prise avec un téléphone récent. La plupart des jeux mobiles se comptent en centaines de mégaoctets. Celui-ci tient dans ce que vous envoyez par message sans y penser.
Les vingt premières minutes sont humiliantes
Je vais être honnête sur ce point parce que c'est probablement ce qui fera abandonner la moitié des gens : pendant un quart d'heure, j'ai été mauvais, et je n'ai pas compris pourquoi.
Le principe a l'air familier. Des pièces colorées tombent du haut de l'écran et s'empilent. Vous en alignez trois de la même couleur. Jusque-là, on croit savoir.
Sauf qu'elles ne disparaissent pas. Elles s'enflamment et décollent — en emportant avec elles tout ce qui était empilé au-dessus. Et si la poussée ne suffit pas à sortir le paquet de l'écran, tout retombe, en désordre, et votre situation est pire qu'avant.
Moi, pendant vingt minutes, j'ai joué comme à un jeu de correspondances : je scannais la surface, je repérais trois couleurs identiques tout en haut de ma pile, je les alignais. C'est le geste sûr. C'est aussi le geste qui ne sert à rien : trois pièces partent, la pile reste, et la pluie continue de tomber. J'ai perdu quatre parties d'affilée en me demandant ce qui n'allait pas, avec ce léger agacement de celui qui se croit trop malin pour un jeu de téléphone.
Le garagiste est venu me chercher avant que je comprenne.
Le moment où ça bascule
C'était le soir, chez moi, et c'était un geste de dépit.
J'avais une colonne quasiment au plafond, aucune idée de comment m'en sortir, et j'ai aligné trois pièces tout en bas de cette colonne — au ras du sol, là où elles supportaient neuf rangées. Par acquit de conscience, pour voir la catastrophe.
Elles ont décollé, et toute la colonne est partie avec elles. Neuf rangées d'un coup. L'écran s'est vidé.
C'est là que le jeu devient autre chose. Vous ne cherchez plus où sont les couleurs — vous estimez un poids. Aligner tout en bas d'une pile haute est le geste le plus rentable et le plus risqué du jeu. Aligner en surface est sûr et ne vous rapporte rien. Entre les deux, il y a un arbitrage, à faire vite, pendant que la pluie tombe et qu'elle accélère.

Voilà ce qui rend ce jeu différent de tous ceux que j'avais désinstallés : on ne peut pas y jouer distraitement. Dès qu'on décroche, la pile monte. Ce n'est pas un jeu qu'on lance devant une série. C'est un jeu où il se passe quelque chose dans votre tête, et où la compétence qui se construit — lire la hauteur d'une colonne sans compter — arrive au bout de quelques heures, sans qu'on l'ait cherchée.
Je ne vais pas vous vendre un bénéfice cérébral chiffré : aucune étude ne porte sur ce jeu, et en inventer une serait exactement le genre de procédé dont je me méfie. Ce que je peux dire, c'est ce qui s'est passé pour moi. Au bout d'une semaine, je regardais mon plateau autrement. C'est peu et c'est agréable.
Où il s'est installé dans mes journées
Trois semaines plus tard, voici honnêtement quand je l'ouvre.
Le train de 7h12, sur la portion sans réseau après le tunnel. Le jeu fonctionne hors ligne une fois chargé, ce que je n'avais pas anticipé et qui s'est révélé être la raison principale pour laquelle il est resté.
Les files d'attente. Il y a un mode chronométré de trois minutes exactement. Trois minutes, c'est la bonne unité : on lance, on joue, c'est terminé. Pas de partie qui traîne parce qu'on n'ose pas fermer au milieu.
Le soir, rarement, et c'est là que j'ai le plus été surpris. Il y a un défi quotidien — le même pour tous les joueurs, avec un classement de la journée. C'est le seul endroit où le jeu vous invite à revenir. J'ai sauté un soir, en attendant la sanction habituelle : la série remise à zéro, le petit pincement calculé pour vous faire revenir le lendemain.
Rien. Le jeu avait mis un joker de côté — il en accorde un tous les dix jours de régularité — et l'a consommé à ma place. Quelqu'un a décidé que rater une journée parce qu'on a une vie ne devait pas annuler trois semaines. Sur le moment, je me suis dit que c'était une bonne trouvaille de rétention. En y repensant, c'est le contraire : une mécanique de rétention vous aurait fait payer l'oubli, précisément pour que vous n'oubliiez plus.

Ce qui m'agace encore
Trois choses, et la première est sérieuse.
Il faut aimer les mots compliqués. Le jeu est habillé de mythologie grecque et il en assume tout le vocabulaire : offrandes, rites, strates, oracle. C'est cohérent, c'est même joli, mais quand on ouvre un puzzle dans une salle d'attente, on n'a pas envie d'apprendre un dialecte. Il existe un lexique qui définit chaque terme. Il est rangé dans les réglages, c'est-à-dire à l'endroit où personne ne va. Je l'ai trouvé au bout d'une semaine et j'ai compris quatre choses d'un coup.
Le premier écran en met trop. Soixante-douze environnements, une campagne, une dizaine de modes différents. C'est généreux, mais à l'ouverture, on ne sait pas par où commencer. Mon conseil : faites le tutoriel, prenez le mode chronométré, ignorez le reste pendant une semaine.
Votre progression reste sur votre téléphone. Il n'y a pas de compte — excellent pour la tranquillité, embêtant si vous changez d'appareil. Il faut exporter un fichier et le réimporter. C'est prévu et documenté, mais il faut y penser avant, pas après.
Si vous vous lancez, retenez surtout ceci, qui m'aurait épargné mes vingt minutes humiliantes :
- On ne déplace une pièce que verticalement, dans sa colonne. Pas d'échange horizontal, jamais. Un doigt qui part sur le côté ne fait rien.
- Un glissé traverse autant de cases qu'on veut d'un seul mouvement. J'ai passé des jours à glisser case par case.
- Gardez toujours une colonne basse. C'est la soupape. Quand toutes vos colonnes sont hautes, la partie est déjà perdue — vous ne le savez pas encore.
La vraie raison pour laquelle il est resté
J'ai mis du temps à formuler ce qui me plaisait vraiment, et ce n'est pas le jeu.
Pendant trois semaines, ce jeu ne m'a jamais envoyé de notification. Il ne m'a jamais montré de publicité. Il ne m'a jamais proposé d'acheter quoi que ce soit — il n'y a rigoureusement rien à acheter, ni monnaie, ni vie, ni raccourci. Il ne m'a pas demandé d'adresse mail, ni de créer un compte, ni de me connecter avec quoi que ce soit. Il ne m'a pas dit qu'une offre expirait ce soir.
Autrement dit : il ne m'a jamais rien pris que je ne lui aie donné volontairement.

C'est banal à écrire et c'est devenu rare au point d'être remarquable. Ma règle des quatre ans n'était pas dirigée contre les jeux : elle était dirigée contre des objets conçus pour extraire quelque chose de moi, et qui se trouvaient être des jeux. Celui-ci ne l'est pas. Il est juste posé là, il attend, et si je ne l'ouvre pas pendant une semaine, il ne se passe rien du tout.
Le type du garage avait raison, et son argument de vendeur n'en était pas un.
Apotheoze se joue gratuitement dans un navigateur, sur téléphone comme sur ordinateur, et il existe aussi sur Android. Si vous avez, vous aussi, arrêté d'installer des jeux, c'est probablement le seul que je vous conseillerais d'essayer — et si vous n'accrochez pas, vous n'aurez rien perdu. C'est assez inhabituel pour être dit.
Où jouer
Apotheoze est gratuit, sans publicité et sans achat intégré. Il se joue directement dans le navigateur, sur téléphone comme sur ordinateur, et il est aussi disponible sur Android.
- Jouer dans le navigateur — rien à installer, aucun compte
- Disponible sur Google Play — pour Android
Jouable hors ligne une fois chargé. Google Play est une marque de Google LLC.
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Harry est un adepte de la mode et de la tech qui explore l'intersection entre style et innovation. Il publie des articles clairs sur les tendances, les gadgets connectés et les wearables, offrant des conseils pratiques pour intégrer la technologie au quotidien. Son approche allie sens esthétique et rigueur technique pour aider les lecteurs à rester à la pointe sans sacrifier leur personnalité.
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