Cody Rhodes blâme Hogan : le terme insider expliqué
Cody Rhodes n'a pas la langue dans sa poche. Après avoir demandé aux fans de cesser d'utiliser le terme "botch" (qu'il considère comme inexact), le champion de la WWE remet le couvert. Cette fois, c'est le concept de no-selling dans le catch professionnel qui est dans sa ligne de mire, et son explication change vraiment la perspective.
Ce que Cody Rhodes dit vraiment sur le no-selling
Sur son podcast What Do You Wanna Talk About ?, Rhodes a pris le temps de corriger une idée reçue qui circule dans la communauté des fans éclairés depuis des années. Pour lui, quand un catcheur encaisse un coup et continue d'avancer sans broncher, il ne s'agit pas d'ignorer la douleur. C'est tout le contraire.
La nuance est fondamentale : le catcheur joue quelqu'un qui refuse de montrer qu'il souffre, pas quelqu'un qui ne souffre pas. La douleur est là. Elle est réelle dans la fiction du match. Mais le personnage choisit de la dissimuler, de la masquer, d'envoyer un message à son adversaire et au public. Cody Rhodes formule ça très clairement : "Il souffre, mais il ne te laisse pas le savoir."
Ce glissement sémantique est énorme. Dire qu'un catcheur "ne vend pas" un coup implique qu'il fait une erreur, qu'il brise la crédibilité de la scène. Dire qu'il vend l'absence de douleur transforme la même action en choix narratif délibéré, en outil de storytelling. Deux lectures du même geste, deux jugements diamétralement opposés.
Hulk Hogan, Chief Jay Strongbow et les babyfaces des années 80
Rhodes pointe immédiatement vers Hulk Hogan comme responsable involontaire de cette confusion. Quand Hogan popularise le hulk-up dans les années 1980, il donne un nom et un visage à une technique qui existait bien avant lui dans les circuits territoriaux américains. Le problème ? Le terme "hulk-up" est si fort, si associé à un seul homme, qu'il a effacé la mémoire de tout ce qui précédait.
Pourtant, ce mécanisme structurait les matchs de quasiment tous les grands babyfaces de l'époque. Voici quelques exemples concrets que Rhodes cite ou illustre directement :
- Chief Jay Strongbow et sa "war dance" : à un moment précis du match, il entre en transe, encaisse les coups sans réagir, puis explose.
- Dusty Rhodes, le père de Cody : même logique, même structure dramatique, même message envoyé au public.
- Hulk Hogan : il codifie et popularise la technique au point de lui donner son propre nom.
Ces trois hommes utilisaient exactement la même mécanique avec des personnages différents. Hogan a simplement industrialisé le concept à l'échelle nationale grâce à la WWF. Il mérite le crédit pour ça, Rhodes lui-même le reconnaît volontiers. Mais cette omniprésence a effacé soixante ans de tradition.
| Catcheur | Époque | Nom de la séquence | Circuit |
|---|---|---|---|
| Chief Jay Strongbow | Années 1960-1980 | War dance | Territoires / WWWF |
| Dusty Rhodes | Années 1970-1980 | Babyface comeback | NWA / Florida |
| Hulk Hogan | Années 1980-1990 | Hulk-up | WWF / national |
Le tableau parle de lui-même. Ce que le grand public appelle aujourd'hui "hulk-up" n'est que la version la plus médiatisée d'une convention narrative vieille de plusieurs décennies dans le catch américain.
Le catch japonais mal compris pour les mêmes raisons
Rhodes élargit son propos bien au-delà des États-Unis. Il aborde le strong style japonais et la manière dont les fans occidentaux interprètent souvent mal ce qu'ils voient. Dans de nombreux matchs de la NJPW ou du catch puro japonais, les combattants encaissent des frappes apparemment brutales sans sourciller. La réaction spontanée d'un spectateur non initié ? "Il ne vend pas."
Rhodes dément cette lecture frontalement. Ces catcheurs vendent quelque chose de précis : ils jouent des personnages solides, endurants, qui refusent de montrer leur vulnérabilité. La révélation arrive plus tard dans le match, quand la fatigue finit par se lire sur leur corps. C'est une narration en différé, pas une absence de narration.
L'analogie proposée par Cody Rhodes est particulièrement parlante : "C'est comme quand tu vas au bar et que tu bois trop. Tu n'essaies pas de paraître plus ivre, tu essaies de paraître sobre." Quelqu'un qui dissimule activement son état joue un rôle. Ce n'est pas la même chose que quelqu'un qui ignore l'état en question.
Cette distinction change radicalement l'analyse des matchs. Un catcheur qui "no-sell" un coup commet une faute de construction. Un catcheur qui vend l'invulnérabilité construit un arc dramatique. Les deux gestes se ressemblent physiquement, mais leurs intentions narratives sont aux antipodes.
Maîtriser le vocabulaire pour vraiment comprendre le catch
Rhodes n'est pas en train de faire la leçon par ego. Il essaie de restituer une précision technique que le langage courant des fans a progressivement appauvrie. Et franchement, il a raison d'insister.
Le vocabulaire du catch dit quelque chose de profond sur la mécanique d'un art qui fonctionne par conventions partagées entre le performer et le public. Quand les mots glissent de sens, les matchs eux-mêmes deviennent plus difficiles à lire. Un fan qui croit voir une "erreur" là où un catcheur construit une séquence délibérée rate une partie du spectacle.
Ce que Cody Rhodes appelle de ses vœux, c'est une culture de spectateur plus informée, capable de distinguer le babyface comeback, le no-sell défectueux et l'expression d'invulnérabilité volontaire. Trois choses multiples, trois effets différents sur un match. Si vous regardez de la WWE, de la NJPW ou n'importe quelle fédération avec ce filtre, vous verrez des matchs que vous connaissiez depuis des années sous un angle complètement nouveau. C'est ça, la vraie valeur ajoutée de ces clarifications terminologiques.
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