Backlash 2016 revisité : les dures réalités 10 ans après
Le 11 septembre 2016, WWE Backlash marquait une page d'histoire en devenant le tout premier pay-per-view exclusivement dédié à SmackDown après la séparation des marques. Dix ans plus tard, revoir ce show avec un regard neuf, c'est mesurer l'écart vertigineux entre les promesses d'une nuit et ce qu'elles sont réellement devenues. Certains moments ont vieilli comme du bon vin. D'autres, franchement, font grincer des dents.
AJ Styles et Becky Lynch : deux histoires de championnats gâchées
Le clou du spectacle, c'était sans conteste la victoire d'AJ Styles sur Dean Ambrose pour décrocher le titre WWE. Moins d'un an après ses débuts dans la fédération, The Phenomenal One s'imposait comme le visage de SmackDown. La performance était irréprochable, l'histoire belle, le public en fusion. Tout laissait présager une décennie de règnes au sommet.
La réalité fut bien plus terne. Styles ne remportera le titre WWE qu'à deux reprises en tout, et après son second règne, il ne retrouvera jamais de façon durable la position de main-eventer. Des périodes d'utilisation réduite, des défaites qui s'accumulent, un statut qui s'effrite progressivement : Backlash 2016 promettait une ère Styles, WWE n'a pas tenu cette promesse. Pour un talent de cette envergure, deux règnes world title en près de dix ans, c'est franchement insuffisant.
Le constat est similaire côté division féminine. Becky Lynch remportait ce soir-là le tout premier SmackDown Women's Championship en battant cinq adversaires, dont Nikki Bella, Alexa Bliss et Natalya. Historique sur le papier. Poignant à revivre... jusqu'à ce qu'on se souvienne de la suite immédiate.
Lynch n'avait alors ni la popularité ni le statut de Charlotte Flair ou Sasha Banks. WWE ne l'a pas aidée à changer ça : un seul succès en défense de titre, puis une défaite contre Alexa Bliss quelques mois plus tard. La future The Man était là, sous nos yeux, mais personne chez WWE n'a eu l'intelligence de capitaliser sur ce moment fondateur. Revoir ce couronnement aujourd'hui, c'est voir une occasion manquée autant qu'une victoire historique.
Le fiasco Orton-Wyatt et la mauvaise gestion des tag teams
Si la soirée avait une vraie tache indélébile, c'est bien le dossier Randy Orton. WWE avait officiellement annoncé un match entre Orton et Bray Wyatt, le promulguant comme l'un des chocs majeurs de la carte. Le problème ? Orton avait subi une commotion cérébrale face à Brock Lesnar à SummerSlam et n'était pas apte à combattre.
La fédération a quand même maintenu l'annonce jusqu'au jour J, puis pendant le show lui-même. Wyatt est venu sur le ring, a déclaré forfait de son adversaire, et un arbitre a compté jusqu'à dix avant de lui remettre la victoire. Absurde. Tromper les fans avec une fausse affiche, c'est du faux marketing pur, et WWE a une fâcheuse tendance à répéter ce genre de pratiques. Ce soir-là, le public a payé pour un match qu'il n'a pas eu.
Ce qui a suivi a été encore plus déconcertant. Kane a remplacé Orton au pied levé pour affronter Wyatt dans un match improvisé — et a gagné en moins de dix minutes. Orton était intervenu pour assener un RKO à Wyatt, offrant ainsi la victoire à Kane sur un plateau. Constat : Kane, en fin de carrière effective, battait l'une des étoiles montantes de SmackDown lors d'un PPV majeur.
Voici comment ce segment aurait dû, logiquement, se dérouler :
- Wyatt élimine Orton en début de soirée, renforçant sa menace
- Wyatt domine Kane et s'impose clairement
- Orton revient plus tard, plantant les graines d'une rivalité future
Ce scénario aurait construit Wyatt. Le booking réel l'a démoli pour rien.
Heath Slater et Rhyno représentaient quant à eux l'une des meilleures histoires humaines de l'année 2016 à la WWE. Slater, laissé pour compte lors du draft de la séparation des marques, avait enchaîné les segments comiques pour décrocher un contrat — une storyline genuinement attachante qui avait fédéré le public. Sa victoire avec Rhyno pour les SmackDown Tag Team Championships face aux Usos a été l'un des moments les plus chauds de la nuit.
| Équipe | Titre remporté | Durée du règne | Suite de carrière |
|---|---|---|---|
| Slater & Rhyno | SmackDown Tag Team Championships | Quelques mois | Poussés vers le bas rapidement |
| The Usos | — | — | Devenus l'une des meilleures équipes de la décennie |
WWE n'a pas su quoi faire de ce duo au-delà du moment. Quelques mois après ce sacre, Slater et Rhyno étaient relégués en arrière-plan, leur dynamique populaire sacrifiée sans explication logique. C'est l'une des frustrations récurrentes à regarder ce show aujourd'hui : voir des graines plantées qui n'ont jamais germé.
Ce que Backlash 2016 révèle sur la gestion des talents à long terme
Revoir Backlash 2016 en 2026, ce n'est pas seulement une promenade nostalgique. C'est un test de cohérence pour évaluer si WWE sait transformer ses instants de grâce en trajectoires durables. Le bilan est mitigé, pour le dire poliment.
Sur les cinq grandes histoires de cette nuit, au moins trois ont débouché sur une gestion décevante à moyen terme : la non-exploitation de Styles comme franchise player permanent, le règne anémique de Lynch immédiatement après son titre inaugural, et l'abandon prématuré du capital sympathie de Slater & Rhyno. Trois opportunités réelles, trois fois le même syndrome.
Ce que cette rétrospective illustre, c'est la nécessité pour une organisation comme WWE d'avoir une vision à 12 ou 24 mois derrière chaque couronnement. Un titre ne vaut que ce que son règne construit. Un grand match de PPV ne vaut que ce que les semaines suivantes en font. Backlash 2016 était une belle vitrine — mais une vitrine sans boutique derrière. Pour les talents qui méritaient mieux, cette soirée reste douloureuse à réévaluer avec le recul qu'offre une décennie.
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