L’Humeur Indépendante : “The Final Deletion”, point d’ancrage d’une nouvelle ère ?

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C’est quand on n’a plus rien à perdre, qu’on a tout gagner. De toute évidence, suite au dernier épisode d’Impact Wrestling, c’est bien cet état d’esprit qui anime actuellement la direction créative de la TNA. Avec la fin (… pour le moment) d’une longue mais non moins unique “storyline” opposant les deux frères Hardy via cette conclusion inédite du nom de “Final Deletion”, la TNA s’est élancée dans le vide munie d’une telle proposition. Résultat : nous voilà à en discuter, au lieu de s’attarder sur le Cruiserweight Classic Tournament à venir ou de s’émerveiller devant la performance de Dario Cueto lors de la première des trois parties d’Ultima Lucha Dos. Et ce, tout comme le reste du monde du catch et de ses représentants les plus respectés, constamment depuis des jours désormais. Mais cela n’est pas la raison pour laquelle il faut nécessairement s’y arrêter, à notre tour. La vraie raison est tout autre … 

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En matière de fiction, il n’y a pas de bon ou de mauvais buzz

“The Final Deletion” réside en effet parmi ce genre de choses – plus spécifiquement d’œuvres artistiques créatives, comme une pièce de théâtre, un roman, un film ou une peinture – dont on se sent obligé de partager, de discuter et, en quelque sorte, de revivre. Une si inédite et unique étrangeté qu’il faut se sortir du crâne et exorciser ! Cependant, ce n’est pas un ersatz de Pazuzu qu’il faut ici mettre à jour, mais l’une de ses anormalités qui doit rester dans les mémoires – pour certains, pour être érigée au rang qui lui est due, pour d’autres, pour ne plus jamais en entendre parler. Car, quelque soit la qualité de cette “Final Deletion” aux yeux de chacun, elle a réussi son coup, malgré tout. Meilleure audience d’Impact Wrestling depuis son arrivée sur Pop TV, voire même plusieurs mois avant – voilà la récompense non-négligeable d’une telle idée hors-norme que la TNA a proposé et à laquelle elle s’est tenue jusqu’au bout. De son élaboration primordiale entre Matt Hardy, sa femme Reby Sky, Jeff Hardy, le trop sous-estimé Jeremy Borash et sûrement Billy Corgan (porteur, avec la Présidente, d’une envie d’offrir quelque chose de presque filmique, sans possibilité d’être vite “spoilé”), au premier essai il y a un mois environ avec la “vignette” de signature du contrat pour le match de TNA Slammiversary XIV (2016), la compagnie de Dixie Carter n’a cessé de porter confiance et patience au projet des frères Hardy, multipliant les promotions, allant chercher l’opinion de célébrités extérieures au milieu du catch américain et surtout jouant le jeu sur les réseaux sociaux.

Dès lors, le scénario ainsi orchestré révélant enfin son étrangeté et sa particularité singulière, le buzz avait commencé. Plutôt de nature controversée, une nouvelle attention se portait sur le produit présenté par TNA, et non sur ses malheurs financiers ou ses déboires administratifs. Une première depuis son séjour au Manhattan Center de New-York City durant l’été 2014. Aujourd’hui, avec “The Final Deletion”, le buzz est là et il y est en force. Peu importe si en son sein il y en a qui ont adoré et d’autres non, le monde du catch a réagit – et c’est tout ce que la TNA demandait en retour. De critiques reconnus comme Larry Csonka de 411mania ou Garrett Kidney de Voices of Wrestling, aux légendes respectées que sont Jim Ross, Mick Foley, Chris Jericho et Gabe Sapolsky, en passant même par les officiels de la WWE (qui auraient montré “The Final Deletion” à leurs talents et l’auraient “copié” dans le cadre de la rivalité opposant New Day à la Wyatt Family), aucun ne s’est abstenu … à part peut-être le plus réac’ des conservateurs et traditionalistes, défendeur inconditionnel du catch “old-school”, du “c’était mieux avant !” et fervent anti-Lucha Underground, Jim Cornette – un peu “too much” pour lui, sans doute ? Comme quoi, un véritable effort créatif et novateur – quelqu’en soit sa teneur et son appréciation auprès du public – peut toujours être récompensé à sa juste valeur.

Armaggedon

“Final Deletion” ou initiale réinvention pour la TNA ?

Grâce à cette tentative originale de la part de Matt Hardy de finalement réaliser sa propre version d’une rivalité fratricide face à son frère cadet (opposant des détails réels (les lieux et décors, par exemple), des occurrences de Willow The Wisp, l’alter-égo ancestral de Jeff, et une incarnation exagérée de ce par quoi il est passé il y a quelques années, en réalité, à la version précédente, produite en 2009 par la WWE – celle-là même qui ne leur a jamais laissé autant de liberté et qui ne les a jamais vraiment soutenu en dépit des bas autour des hauts), Broken Matt Hardy et Brother Nero nous ont raconté une histoire comme on en voit peu sur les écrans, dans le milieu du catch. Aux origines complexes – Matt (sentant peut-être les ressentis contradictoires des fans à son égard, lui le destiné top-“face” de la compagnie avec Jeff Hardy blessé et Kurt Angle sur le départ) usant des plus vils tactiques, contre sa morale initiale, pour battre EC3 et reprendre son titre – et aux enjeux profonds – l’ombre de Jeff Hardy planant continuellement sur son frère, malgré les accomplissements de ce dernier, amenant à un dernier délire de la part de Matt pour essayer d’en finir – cette “storyline” à la forme toute particulière aura su parvenir à maintenir cohérent, logique et surprenant le fond qu’elle proposait. 

Alors qu’une majorité pensait (moi y compris) qu’elle prenait la route de navets complets avec sa “vignette” d’avant-Slammiversary, cette histoire a finalement réussi à suivre les pas de la série suivi du film Ashes of Chikara, et dans une moindre la mise en scène constitutive de Lucha Underground (une critique de son producteur exécutif Eric Van Wagemen, le reconnaîtra indirectement) ou même ce bref Street Fight entre MVP et Bobby Lashley à Impact début 2015. A son tour, la TNA choisit la réinvention, non pas in-ring (qui elle est incontrôlable, mais juste organique et naturelle), peut-être narnadesque en certains endroits, mais créative tout de même. Un domaine d’innovation qui semble de plus en plus nécessaire à des compagnies hautement prisées et justement aveuglées par les réputations respectives qui les précèdent que sont, par exemple, la WWE et la Ring of Honor. En outre, si il serait sans doute préférable de laisser cette “Final Deletion” comme unique instance d’une créativité aussi frivole, continuer subtilement et progressivement dans cette lancée et suivant ce modèle pourrait être bénéfique pour une TNA toujours en pleine reconstruction, mais enfin doté d’un personnel prometteur et sachant son rôle, travaillant avec un roster de talents motivés tous utilisés adéquatement.

7 COMMENTAIRES

  1. Je voudrait te féliciter, par rien que pour le fait que ton papier soit super comme d’hab. Mais plus pour le fait d’avoir été objectif et d’avoir écrit sans juger, ni émettre d’avis. Franchement chapeau, car c’est un truc pas si simple à faire. C’est tellement différent de ce qu’on a l’habitude de voir. Et sinon ben félicitations pour ton papier de qualité comme d’habitude.

  2. Rappelons quand même que le rôle de nous, fans de catch, n’est pas de commenter la stratégie commerciale d’une fédération mais bien le produit qui nous est présenté. Et ce match-là, au-delà qu’il fasse parler de la TNA et que, en ce sens, il soit réussi pour eux, a été, à mon avis, mauvais.

    • Quand on a l’habitude de regarder quelque match de la LU on voit quand même qu’ils s’en sont pas mal inspirés. Après je dis pas que c’était mauvais mais au niveau du jeu d’acteur de Matt on repassera. Le début du match était pas très intéressant et la fin j’ai pas du tout aimé. Mais il avait quand même certain moment pas mal (Jeff qui saute de l’arbre ou le passage près du lac, les feu d’artifices…) alors je sais pas trop quoi en penser… je reste quand même sceptique.

  3. La TNA a remporté un pari en faisant parler d’elle, pour d’autres raisons que ses difficultés financières. Alors bien sûr, on aime ou on aime pas mais on a regardé et on en a parlé. C’est exactement ce dont elle avait besoin.
    Perso, je ne sais toujours pas quoi en penser. C’était particulier, mais Matt et Jeff Hardy y sont vraiment allés à fond et ont fait quelque chose d’unique, à leur image. C’était pas foncièrement mauvais, juste très inhabituel. Peut-être un peu trop ?

    • C est le (hinabituel) qui justement choque. En tout cas moi, je suis un peu sceptique sur ce type de…ce type de ? Je ne peux le qualifier. je trouve que pour du catch c est trop et trop c`est trop quoi

    • La TNA tente et ose ça me plait. D’aucuns pensent à l’oeuvre de Tommy Wiseau et c’est vrai que c’est foutu comme un nanar matiné de Sunset Beach mais force est de reconnaitre qu’en 2016 les Hardyz continuent à marquer le catch. La TNA est la fédération sans cesse donnée pour morte et pourtant… Senor Benjamin est un personnage génial. La lucha underground a changé les règles du jeu et une partie de l’art catchesque se rapproche du cinéma bis, la WWE fait le grand écart entre le côté sportif (CWC) et le côté ciné (Wyatt vs New Day)

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