L’Humeur Indépendante : Quand seul le talent in-ring fait la notoriété

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Cette semaine, alors que la carte de son prochain Pay-Per-View Global Wars 2016 (08/05 à Chicago) se finalise, la Ring of Honor a annoncé un match de plus pour la dernière étape de son Conquest Tour 2016, tenue ce soir : ACH y affrontera Kamaitachi, remplaçant au pied levé Roderick Strong et foulant pour la toute-première fois un ring américain. Une opportunité surprise pour ce « jeune lion » japonais de 26 ans qui va pouvoir continuer d’impressionner ses patrons de la NJPW, sans doute encore un peu dubitatifs à son égard, en amont de la tournée inter-promotionnelle War of The Worlds 2016. Bien que de dernière minute, cette opportunité n’est, de plus, pas anodine, tant il l’a prouvé qu’il avait le talent in-ring pour accomplir de grandes choses.

Un talent qu’il a montré de la plus simple des manières, en réalisant des performances magistrales depuis des mois. Des chefs d’œuvres, dont il partage le mérite avec son rival Dragon Lee, qui ont ravi les fans mexicains de la CMLL mais pas que : grâce à la magie d’Internet et des réseaux sociaux, chacun a pu en prendre connaissance et constater le talent indéniable des deux hommes. En somme, la notoriété grandissante de Kamaitachi, il ne l’a doit qu’à son talent in-ring exceptionnel et enfin dévoilé. Un phénomène pas si commun que ça de nos jours, où il suffit d’une promo borderline ou d’un clash sur Twitter pour se faire un nom. Retour, donc, sur ce talent révélé par Internet, fier d’une petite notoriété au parfum un peu « old-school ».

Kamaitachi_no mask

Le dragon, maître du kung-fu, contre la belette fantôme : bien meilleur sur le ring que sur le papier

Méthode développée par l’alliance entre la CMLL et la NJPW et leurs échanges de talents (ces dernières années, la CMLL a pu accueillir Shinsuke Nakamura, Tetsuya Naito ou encore Prince Devitt/Finn Balor, et la NJPW, Mascara Dorada, Angel de Oro, etc), des jeunes rookies japonais, ou « young lions », peuvent aller finir leurs premières années de formation et développement au Mexique. Sur un séjour d’un ou deux ans, ils ont l’occasion de se perfectionner et d’adopter un style plus personnel sur le ring et une première vraie gimmick, suivant l’alignement « rudo » ou « tecnico » (équivalents respectifs de « heel » et « face » dans le milieu de la Lucha Libre), se découvrant même parfois un certain charisme (n’est-ce pas, Swag-suke ?). Mieux encore que le futur El Desperado ou l’ex-Takaaki Wanatabe à la Ring of Honor avant lui, Hiromu Takahashi a véritablement éclos durant son passage à l’étranger. Jusque là, petit lutteur timide, un peu bouffi et exempt de charisme, il se transforme en arrivant à la CMLL mi-2014, y devenant Kamaitachi (l’un des esprits fantômes traditionnels du folklore nippon, aux formes d’une belette poilue et griffue).

mask vs mask

« Rudo » masqué (après tout, c’est un étranger …) et managé par le japonais résident Okumura, il met d’abord quelques mois à s’adapter à son nouvel environnement (parfois rude et hostile, Naito en sait quelque chose) et à saisir son nouveau personnage. Puis, en janvier 2015, il entre dans un vrai programme, une rivalité avec la star montante hypra-talentueuse, Dragon Lee (en hommage à Bruce Lee) deuxième du nom (le premier ayant été jusque là porté par son frère, devenu Mistico (II)). Lors de leur première rencontre, les deux catcheurs se testent, une ambiance qui permet au malin « rudo » de l’emporter. Mené par l’honneur et la fierté en bon « tecnico », Dragon Lee le défie dans un traditionnel Mascara-contra-Mascara (Mask vs. Mask Match) plus sérieux – dont il sort vaillamment victorieux, au terme d’un combat déterminant pour les deux hommes, le premier d’une longue série d’excellentes performances. Tandis que le jeune mexicain reprend son ascension, remportant le titre de champion du monde poids-léger au passage, le nippon démasqué, lui, développe une haine viscérale contre son bourreau, décidant de faire de sa vie en enfer. Ainsi pendant des mois et des mois, Kamaitachi n’a de cesse de s’en prendre à Dragon Lee, désirant sa ceinture et, avec, un titre qu’il n’a jamais eu l’opportunité de gagner. Un titre qu’un homme qu’il a battu précédemment ne peut mériter. Lors de la bataille royale annuelle Reyes del Aire, la guerre est officiellement déclarée : chacun refusant de lâcher la faire, ils s’éliminent mutuellement avec un double-tombé. Par la suite, ils sont plusieurs fois face-à-face sur le ring, offrant bijou après bijou, Dragon Lee l’emportant toujours de justesse.

En janvier 2016, Kamaitachi perd ses cheveux face à Maximo – un « exotico » (gimmick comique, fréquente au Mexique, comme celle de Pimpinella Escarlata dans la saison 1 de Lucha Underground) allié de Dragon Lee, auquel il reproche, jouant parfaitement son rôle de « rudo », une précédente défaite contre le champion – mais ne baisse pas les bras dans sa vendetta contre Dragon Lee. Finalement, à l’occasion de l’annuelle tournée inter-promotionnelle NJPW/CMLL FantasticaMania, il parvient à le battre, remportant ce titre tant convoité, devant son public nippon, le voyant complètement changé (pour le mieux) pour la première fois depuis 2 ans. Quelques semaines plus tard néanmoins, comme toutes bonnes sagas « old-school » qui se respectent, Kamaitachi (notamment accompagné de Yohei Komatsu, le suivant sur la liste des « young lions » de la New-Japan) concède le CMLL World Lightweight Championship à son arch-némésis, dans une revanche finale à la fameuse Arena Mexico. Une conclusion magistrale de 25 minutes (méritant même un ****1/2 de la part de Dave Meltzer), à la plus grande « feud », en un contre un, de l’année 2015).

Kamaitachi_win_Fantasticamania

Conquérir les fans par l’excellence de ses performances, vers la plus pure des notoriétés ?

A l’instar de Super Crazy vs. Yoshihiro Tajiri à l’ECW en 1999, cette rivalité a permis de révéler deux talents extraordinaire, heureusement dotés d’une alchimie insoupçonnée. Aussi intense à sa manière que la saga El Ligero vs. ‘Ego Dragon’ Martin Kirby en Angleterre, elle a en outre réussi à succéder à celle de La Sombra vs. Volador Jr., qui va animé comme jamais la CMLL suivant le départ de sa vedette Mistico premier du nom (aka Sin Cara Original, et désormais Myzteziz). Cela étant dit, l’un de des hommes en aura sans doute plus profiter que l’autre. Comme Rey Mysterio Jr., suivant sa rivalité avec son frère d’armes Psicosis à l’AAA puis à l’ECW, Kamaitachi semble déjà en être sorti grandi et surtout, propriétaire d’une notoriété croissante.

D’une part, du fait de son statut de catcheur international (employé par la NJPW, mais dont la réputation s’est faite au Mexique), et d’autre part, grâce au bouche-à-oreilles instantané et aux vidéos de ses performances partagées sur les réseaux sociaux. Malgré tout, à l’heure du « tout, tout de suite », cette notoriété, cette réputation, n’a pas été obtenue en un jour – comme ces grands auteurs ou ces bons acteurs, qui attendent parfois des décennies avant d’obtenir et jouer le rôle de leur vie, devenant enfin reconnu, exploité et apprécié à leur juste valeur. Et tout cela, il le doit uniquement son innovation et sa maîtrise sur le ring. Talent qu’il a développé en apprenant et travaillant dur pour le perfectionner et offrir de tels matches, même face à un catcheur déjà aussi doué que Dragon Lee. Autrement dit, en prouvant simplement les compétences et capacités indéniables qu’il a acquis sur le ring, il a conquis (et va en conquérir de plus en plus dans les mois à venir) les fans de la plus pure des façons.

  • Omega

    Je ne connais pas Kamaitachi mais j’attends de voir son match face à ACH. Personnellement j’en ai marre de voir ACH perdre tout le temps, il mérite plus. J’aime pas quand les lutteurs de la ROH jobbe pour les lutteurs de la NJPW.

  • heisenbergbad

    Pour moi comme je te l’ai déjà dit cette rivalité c’est la nouvelle Rey/Psicosis, n’importe le lieu où il s’affronte c’est toujours mémorable. Les deux ont sans aucun doute une très belle carrière qui les attend, ils ne pouvaient pas mieux commencé leurs carrières, l’une des meilleurs feud de ces dernières années et une qui marquera l’histoire de la Lucha Libre et du catch en général.