Rétro : WWE et NJPW, des amis devenus ennemis

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Shinsuke Nakamura, un nom qui était jusqu’à ses débuts à NXT TakeOver : Dallas restait inconnu pour la grande majorité des fans de la WWE. En quelques semaines à Stamford (enfin, presque), il a déjà réussi à faire vendre chaque place du Sumo Hall, réservé pour la venue de la WWE à Tokyo en juillet prochain. Son thème d’entrée a été numéro un des ventes sur iTunes dès sa sortie. Et aujourd’hui, son T-shirt ‘King of Strong-Style’ est plus acheté sur wwe.com que n’importe quel autre vêtement – il est même devant ceux de New Day. Avant cela, ‘Swag-suke’ était le roi de la New-Japan Pro-Wrestling, la WWE du Japon : de ‘Super Rookie’ maître du MMA, amené à mener une nouvelle génération bancale, il était devenu (après un petit passage à la CMLL, partenaire mexicaine) l’excentrique mélange de Freddy Mercury et Michael Jackson, conquérant à jamais le coeur des nippons. Autrement dit, pour cette perle de l’Orient, c’est une transition parfaite au sein du camp ennemi qui se déroule. Un ennemi qui, mine de rien, grandit avec l’accumulation d’acquisitions sérieuses – de Finn Balor (Prince Devitt) et Hideo Itami (KENTA) à AJ Styles et Shinsuke Nakamura, en passant maintenant par Karl Anderson & Doc Gallows. Bataille de talents, d’attentions et même de Networks : rétrospective sur une relation jadis aux allures d’alliance transformée en véritable concurrence.

Premiers amours, premières embrouilles …

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En 1972, le milieu du catch japonais connait son premier grand chamboulement. Suite à la mort subite de sa plus grande star, promoteur et fondateur de la Japan Wrestling Association (la seule promotion nippone sur le terrain, affiliée de plus à la National Wrestling Alliance américaine), Rikidozan, deux nouvelles compagnies sont fondées par les deux plus grands disciples du père du « Puroresu » (le « pro-wrestling » nippon) : d’un côté l’All-Japan Pro-Wrestling de Giant Baba, restant lié à la NWA, et la New-Japan d’Antonio Inoki, décidant de devenir indépendant. De ce fait, cette dernière tisse très vite des liens avec la World Wrestling Federation de Vince McMahon, elle aussi émancipée de l’égide de la NWA. Une alliance se forme alors, basée sur un simple échange de talents. D’un côté, la WWF profite des acrobaties du premier Tiger Mask et flatte Inoki (lui offrant le titre de WWF World Martial Arts Champion). De l’autre, la NJPW fait des merveilles de la jeune star de Stampede Wrestling (la promotion canadienne des Harts, associés à la WWF), The Dynamite Kid, et aide au développement d’Hulk Hogan (que les japonais surnommeront « Ichiban », ou « numéro un »). Pour autant, la paire n’est pas sur la même longueur d’ondes : alors que la WWF/E commence à conquérir les Etats-Unis et le monde occidental, la New-Japan, elle, garde difficilement le contrôle du Japon.

sting in Japan

Ainsi, assistant à la défection de Genichiro Tenryu, star de l’AJPW, pour former la promotion publicitaire Super World of Sports en 1990, Vince McMahon saute sur l’occasion. Coupant ses liens avec la New-Japan pour profiter d’une opportunité lucrative bien qu’éphémère (SWS n’a eu pas plus de deux ans d’existence), la traîtresse WWF n’hésite pas à envoyer ‘Macho Man’ Randy Savage et The Ultimate Warrior pour faire acte de présence au Tokyo Dome, devant 36.000 japonais. Une trahison que ne pardonnera jamais l’orgueilleux Inoki. Pour preuve, en un an plus tard, il s’allie avec World Championship Wrestling, la concurrente américaine de Stamford, pour chaque année présenter des événements inter-promotionnels : les trois premiers WCW/New-Japan Supershow, de 1991 à 1993, rassembleront chaque fois plus de 60.000 fans au Tokyo Dome. Puis, courant des années 1990s, alors que la NJPW est plus florissante que jamais, la WWF souffre des retombées d’un long « Steroid Scandal » (qui avait vu Vince McMahon être accusé de ventes de stéroïdes à ses catcheurs, durant un procès lui ayant coûté argent et réputation médiatique et publique) et de Monday Night Wars tumultueuses. Comme pour se venger, l’une n’envisage même pas d’aider l’autre. Séparées, les deux instances du catch mondial stoppent donc tout contact. Il faudra attendre le milieu des années 2000s, pour que le début de la rancoeur et de la concurrence se montre.

Le cas Brock Lesnar et l’exode de 2016

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En octobre 2005, Brock Lesnar remporte le championnat poids-lourd IWGP (International Wrestling Grand-Prix, l’instance administrative fictive qui gère les titres de champions de la NJPW), alors encore techniquement sous contrat avec la WWE. En effet, souhaitant au départ suivre une carrière à la NFL, Lesnar avait signé une clause de non-concurrence pour une durée équivalente au contrat duquel il voulait se libérer. En d’autres termes, selon les conditions initiales, il ne pouvait pas catcher pour quelqu’un d’autre que la WWE jusqu’en juin 2010. Au courant de cette affaire, et avec la volonté de reprendre des chemins qu’il savait pratiqué (à savoir le catch, contre le football américain qui n’était finalement pas fait pour lui), la NJPW a sciemment continué d’utiliser l’ex-‘Next Big Thing’ et son pouvoir d’attraction grandissant. En 2007, lors du départ d’Inoki et de la fondation de sa Inoki Genome Federation, il en avait même fait son porte-drapeau. Puis, délaissant aussi bien Inoki que Vince McMahon en 2008, Lesnar entre à l’Ultimate Fighting Championship, se lançant dans une véritable renaissance.

Aujourd’hui, dans un monde du catch en plein « boom » culturel (la « pipebomb » de CM Punk en juin 2011, ravivant la flamme de millions de « smart » fans) et technologique (avec l’explosion d’Internet 2.0 et des réseaux sociaux), les deux compagnies sont désormais de véritables concurrentes. Avec ses alliances internationales, autant avec la Ring of Honor qu’avec la CMLL et la RPW:UK, la New-Japan s’est ouvert à l’occident, et veut maintenant en faire profiter son New-Japan World (une plate-forme de streaming, à l’instar du WWE Network). La WWE, afin de rentabiliser son Network quant à elle, veut intensifier sa présence internationale, pas toujours si influente que ça dans certains pôles du monde du catch. C’est pour ce faire, qu’en secret et à la surprises générale, elle s’est arrogé les services d’AJ Styles, Shinsuke Nakamura et le duo Karl Anderson & Doc Gallows – sans oublier Kota Ibushi, toujours « free agent », mais participant de la Global Cruiserweight Series à venir. Cette compétition composée de talents internationaux et indépendants, impensable de la part de Stamford il y a encore quelques années, qui n’est autre qu’une réaction au toujours très attendu et prestigieux Best of Super Juniors Tournament estival de la NJPW. Et, comme pour répondre à la réponse, cette dernière a in extremis annoncé le réveil de l’ancestrale Super J Cup (la dernière édition datant de 2009) : un tournoi inter-promotionnel, opposant les meilleurs poids-moyens de la NJPW, de la Dragon Gate, de la Pro-Wrestling NOAH, de la Ring of Honor ou encore de la CMLL. En somme, une guerre des mondes qui ne fait que commencer …

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  • A.Nonyme

    Oh, le retour de la Super J ça fait plaiz 🙂
    Sinon c’est vraiment une bonne période pour tout fan de catch qui se respecte

  • Omega

    Le plus grand défi des fédération indépendante comme ROH et NJPW c de garder leur top star. Je suis sur que la wwe s’intéresse à Kenny Omega, Okada, Jay Lethal, young bucks, Ricochet. En gros les fédération indy créé des top star puis la wwe les signes. Enplus les anciens catcheurs indy vendent beaucoup de marchandises comme Finn, Nakamura, KO, Aj styles, Dean.