Rétro : Les blessures imprévues, le plus grand malheur de WrestleMania ?

6

On aimerait toujours voir ses plans se dérouler sans accrocs, mais les aléas de la vie apportent bien des imprévus. Et en 2016, la WWE en a eu la preuve : victime d’une « malédiction » (ou de « The Injury Curse » comme l’ont appelé les américains), elle accumule les blessés sur le banc de touches – Main-Eventers (Seth Rollins, John Cena, Randy Orton et le jeune retraité Daniel Bryan) ou « mid-carders » (Cesaro, Neville, Tyson Kidd, etc) – et a dû modifié et remodifié le programme de ce qu’elle voulait être le « plus grand WrestleMania de tous les temps ».

A seulement près d’une semaine de WrestleMania 32 devant plus de 80.000 personnes (payantes, une garantie selon le Wrestling Observer) à Dallas, Vince McMahon peut désormais relâcher la pression sans inquiétude. Mais la soirée sera-t-elle à la hauteur de l’événement ? Et, cela de côté, qu’en aurait-il été avec une carte composée des Undertaker vs. John Cena et Seth Rollins vs. Triple H préparés depuis des mois avant la fameuse vague de blessures ? Voilà des questions que les fans se sont posées plus de fois qu’il n’y paraît au cours de l’Histoire.

brock-lesnar-the-rock-deviant-art-600x300

Bret Hart vs. HBK II, HHH vs. Cena II ou Rock vs. Brock II : les Main-Events mis sur le banc de touche

Au cours des premières éditions de WrestleMania, la WWF/E était productrice d’un style de catch bien plus standard, ce « Main-Event style » américain composé de matches courts et basiques. Concentrant tout son intérêt dans l’ambiance « sports-entartainment » donnée par sa présentation, ses personnages charismatiques et autres « gimmicks » cartoonesques, le produit offert n’avait pas nécessairement besoin d’un in-ring constamment à la hauteur pour satisfaire son public. Ainsi, en pleine Hulkamania Era, Vince McMahon a toujours pu compter sur Hulk Hogan & Cie pour établir, bien à l’avance, les plans de son « big money event ». Tout juste avait-il la crainte qu’une de ses stars égocentriques ne se retourne contre le « booking » décidé, le jugeant peut-être trop désavantageux … Un problème auquel il peut toujours faire surface, encore aujourd’hui, mais qui peu à peu à céder de l’importance à un autre : avec le tumulte des Monday Night Wars, les mentalités ont changé et les pressions aussi, poussant chacun – promoteurs ou talents – à donner toujours plus, sacrifiant sa propre vie pour obtenir le moindre dollar des millions de fans assoiffés de sang, zappant d’une chaîne à l’autre.

C’est en cela que WrestleMania 13 avait perdu son affiche majestueuse de Bret Hart vs. Shawn Michaels II, la revanche prévue un an à l’avance. Suite à sa défaite face à Sycho Sid aux Survivor Series 1996, ‘The Heart-Break Kid’ devait revenir en héros au Royal Rumble 1997, chez lui à San Antonio, s’offrir une troisième victoire record au Rumble Match pour accéder au Main-Event de ‘Mania à Chicago, face au bourreau de Sid, Bret Hart. Mais suivant les Survivor Series, Shawn Michaels subit une blessure au genou, l’interdisant des rings pour une durée indéterminée. « En vérité, j’ai perdu mon sourire » déclara-t-il dans une promo légendaire (après le Rumble auquel il participera finalement … en tant que bourreau de Sid), alors qu’il aurait voulu sans doute dire « en vérité, je ne veux pas encore partagé l’affiche avec Bret ». Une pierre-deux-coups pour ce ‘Showstopper’ politicard et médisant de l’époque, qui aura sérieusement handicapé la réussite d’un WrestleMania 13 déjà mal parti (au final, 237.000 américains commanderont le Pay-Per-View, le pire score de l’Histoire de WrestleMania). Cependant, fort heureusement en un sens : sans cet imprévu, jamais la WWE n’aurait pu organiser l’un des meilleurs matches et l’un des « bookings » les plus déterminants de son Histoire – Bret Hart vs. Steve Austin II. Comme quoi le malheur des uns fait bien souvent le bonheur des autres.

triple h hurt

Par la suite, en pleine apogée de l’Attitude Era, WrestleMania 2000 se retrouva orphelin de ‘Stone Cold’ Steve Austin et de The Undertaker, tous deux pour raisons médicales, refilant le boulot de Main-Eventers aux top-stars moins confirmées The Rock et Triple H. WrestleMania XIX se débrouilla sans encombre sans la star montante de Smackdown!, Edge, qui attendra après WrestleMania XX pour reprendre sa course au succès. Plus notamment, en 2007, Triple H dut regarder WrestleMania 23 (dont il s’était réservé le Main-Event, face à John Cena, pour la deuxième année consécutive) dans un fauteuil roulant, aux côtés de Rey Mysterio lui sous le coup de sa première grosse blessure au genou. Pour WrestleMania 25, John Cena s’inséra dans le match initialement prévu entre Edge et le Big Show, faute de pouvoir prendre sa revanche sur Batista qui lui avait coûté une belle défaite à SummerSlam 2008. (Il faudra attendre WrestleMania 26 à John Cena pour prendre sa première revanche sur ‘The Animal’.) Puis, enfin, en amont de WrestleMania xXx, les agents hollywoodiens de The Rock lui refusèrent le Brock vs. Rock II demandé par Vince McMahon, craignant de nouvelles blessures handicapantes comme il en avait eu à WrestleMania 29, durant sa défaite face à Cena.

daniel-bryan-shoulder-injury

« Injury Curse », facteur exceptionnel ou conséquence de carrières trop physiques ?

Si chaque année a donc eu son lot de grosses blessures et/ou de manœuvres politiques (et/ou de sursauts décisionnaires de Vince McMahon), on ne peut que constater l’ampleur qu’a pris le phénomène cette année. Aussi pourrait-on se permettre de dire que plus les années passent, et plus l’agenda s’alourdit mais surtout plus le style et les demandes in-ring s’endurcissent. Ce pourquoi on compte tant de lutteurs du main-roster sur le banc de touche actuellement. En effet, si ces derniers n’ont plus à se soucier des deux à trois shows par jour chaque week-end comme dans les années 1980s, il est certain que le minimum exigé entre les cordes (que ce soit par le promoteur, par les fans ou par les lutteurs eux-mêmes) est d’un niveau bien supérieur. Influencé par le rythme effréné des Cruiserweights des années 1990s, puis par l’excellence obligatoire des pontes de la Ring of Honor devenus stars (de CM Punk à Daniel Bryan, en passant par Seth Rollins et Cesaro), chaque talent ressent le besoin de donner toujours plus quoi qu’il arrive. Plus technique et moins « hardcore » que ce que pouvait faire un Mick Foley, Jeff Hardy ou même Shane McMahon dans cette optique, l’effort doit néanmoins toujours être tout aussi spectaculaire. Pour être « over », pour être considéré et pour, pourquoi pas, figurer en bonne place sur la carte du « Grandest Stage of Them All » à la fin de l’année.

Ajoutez à cela, le principe qui veut que chaque lutteur paye pour ses propres soins, et vous obtenez des générations de lutteurs à blessures chroniques et aux problèmes de commotions cérébrales de plus en plus inquiétants. Autrement dit, sans doute que cette vague de blessures sera en rétrospective retenue comme un imprévu malheureux et désavantageux pour WrestleMania 32, mais elle sera surtout une malédiction pour les carrières respectives des catcheurs eux-mêmes qui – comme Daniel Bryan, ce jeune retraité ajouté le premier à la liste – pourront peut-être un jour être obligés de raccrocher leurs bottes, au détriment de leur propre succès.

  • Pingback: Rétro : Le "build-up", la garantie d'un WrestleMania sur de bons rails()

  • heisenbergbad

    Perso je trouve que la WWE devrait instauré au moins un mois de repos pour son roster, parce que comme évoqué les talents maintenant se donne vraiment à 200 % donc il risque plus les blessures vu leur gros agenda. Et évidemment le malheur des un fait très souvent le bonheur des autres, si Rollins n’était pas blessé est-ce que Ambrose aurait eu une si bonne place sur la carte ? I don’t think so…La preuve Zack Ryder a même son spot à ‘Mania ça fait son bonheur. 

  • aurajett

    C’est un long débat…mais le rythme est si intensif que les lutteurs ont pas le temps de récupérez…quand il y avait la brand extension il avait un jour de repos en plus et a ce niveau la sa fait une grande différence. Cependant je ne m’inquiète pas trop car la WWE va en s’améliorant sur la santé de ces lutteurs….et le conditions médical de la WWE sont quasiment les meilleurs dans le milieu du catch.

  • UnderKane

    Quand il y a autant de blessés en une si courte période, ça doit faire tilt.
    Je pense qu’il faudrait stopper (du moins momentanément) les live events aux Etats Unis.
    Ça doit être réservé pour ceux qui ont pas la chance d’habiter aux States.

    • Axl_2baz

      Hors US tu veux dire ?

    • Sismarinho

      Autant dire à la WWE de se tirer une balle dans une jambe.